Une exigence légitime sur la route de la naturalisation

La rédactionPatrick Monay commente un refus d'octroi de passeport suisse.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Peut-on être un bon citoyen suisse si l’on ne comprend rien à la politique? C’est la question qui se pose à la lumière d’une polémique née à Cugy (FR). L’histoire, racontée cette semaine par «La Liberté», est celle d’un couple d’origine étrangère bien intégré dans le village, à qui le droit de cité a pourtant été refusé.

Monsieur, un entrepreneur indépendant de 52 ans, y vit depuis trente-six ans. Il raconte avoir sponsorisé plusieurs manifestations locales et avoir joué pendant des années au sein du club de pétanque. Madame a aussi passé plus de temps en Suisse que dans son pays natal. À Cugy, 1700 habitants, tout le monde ou presque les connaît. C’est dire leur déception quand le couperet est tombé: ils n’obtiendront pas de sitôt le passeport à croix blanche.

«Le passeport suisse octroie des droits, mais implique aussi des devoirs»

C’est la commission communale des naturalisations qui a opposé un préavis négatif à leur demande. Principal motif avancé: des connaissances lacunaires concernant l’organisation politique de la Suisse, du canton et de la commune. Le syndic refuse de commenter ce cas particulier, mais relève que les trente questions posées aux époux étaient les mêmes que celles soumises à tous les candidats. Et que toutes les réponses figurent dans la documentation remise aux requérants.

L’administration communale de Cugy ne souhaite pas dévoiler ce fameux questionnaire. Le Service fribourgeois des institutions, des naturalisations et de l’état civil (SAINEC), lui, nous a transmis les recommandations qu’il adresse aux Communes. On y découvre ce qui a dû coincer lors des auditions du quinquagénaire et de sa femme. Comment se nomment les Chambres fédérales? Qui siège au gouvernement? Comment s’appellent les organes des autorités cantonales? Qui est le préfet du district? Tandis que d’autres chapitres abordent les connaissances générales des traditions helvétiques, des manifestations régionales, de la géographie ou encore des médias.

Des auditions adaptées

Ce canevas n’est qu’exemplatif, précise le SAINEC dans ses directives. «Les autorités ont le droit et souvent le devoir de s’en écarter en fonction des dossiers individuels, car l’audition doit être adaptée aux capacités de chacune et de chacun.» Impossible de savoir, dans le cas du couple recalé, comment cette marge de manœuvre et d’interprétation a été utilisée. Mais on peut raisonnablement penser qu’une simple lecture attentive des fascicules mis à leur disposition aurait permis aux candidats de s’en sortir.

Le hic, comme l’admet l’entrepreneur, c’est que la politique ne l’intéresse pas. «À quoi ça me sert? Je ne demandais pas la nationalité pour aller voter», se défend-il. L’argument peut se tenir, chacun étant libre d’adhérer à la foule silencieuse des abstentionnistes. N’empêche qu’il crée un certain malaise. Car notre homme passe sous silence une autre donnée du problème: le passeport suisse octroie des droits, mais implique aussi des devoirs. Une connaissance minimale des institutions en fait partie. Et c’est aussi une preuve d’intégration. (24 heures)

Créé: 04.10.2018, 21h06

Patrick Monay, chef de la rubrique Suisse.

Articles en relation

La passion des ados pour leur mobile influence leur langage

Phénomène Dans «Portables, la face cachée des ados» (Ed. Flammarion), Céline Cabourg et Boris Manenti tirent le fil d’une fusion passionnelle. Interview. Plus...

Les smartphones rendent les ados dépressifs

Etude Les jeunes utilisent surtout leurs smartphones de nuit et parfois jusqu'à tard, n'hésitant pas à sacrifier leurs heures de sommeil. Plus...

L'addiction aux smartphones inquiète les spécialistes

Santé Des psychiatres militent pour que l'addiction aux smartphones soit reconnue comme un trouble psychologique à Singapour. Plus...

Parents, posez votre smartphone

Addiction La cyberdépendance ne touche pas que les enfants et les ados accros aux jeux en ligne. Les parents aussi peuvent avoir de la peine à poser leur smartphone, et passer complètement à côté de leurs enfants. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.