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D’abord la santé, puis se souvenir de nos expériences

Pierre Farron se réjouit que de nouvelles solidarités se multiplient en ce temps de crise.

Pour la première fois depuis l’avènement du néolibéralisme, la logique marchande a perdu, au moins momentanément, sa place suprême. La protection de la santé l’a supplantée. Ce bousculement est la conséquence d’une pandémie qui a déjà fait d’importants dégâts: de très nombreux malades, des morts, des familles endeuillées et des milliers de personnes qui ont brusquement perdu leur travail. Pour une fois, les riches ne sont pas forcément à l’abri du danger. L’angoisse et la peur sont omniprésentes et désorientent des personnes qui, tout à coup, se mettent même à réclamer une dictature.

«Le meilleur appui se trouve dans nos ressources spirituelles et dans nos relations humaines»

Mais en quoi consiste donc cette fameuse santé qu’on cherche à protéger de toutes nos forces? Elle ne peut pas se réduire à une simple absence de maladie. J’aime beaucoup ce que dit à ce sujet Delphine Horvilleur, rabbine juive libérale. Sur sa page Facebook, elle montre que la santé consiste fondamentalement en une capacité créatrice. Protéger la santé, c’est d’abord lutter contre le virus, mais c’est aussi créer de nouvelles solidarités telles que celles qui se multiplient dans les Églises et ailleurs pour offrir un soutien à des personnes isolées, âgées ou à des parents de jeunes enfants.

Aujourd’hui, pour ne pas perdre pied, le meilleur appui se trouve dans nos ressources spirituelles et dans nos relations humaines. Sur le plan spirituel, selon ses convictions, on pourra recourir à la lecture de textes bibliques ou de sagesse commentés, de grands auteurs, à la prière, à la méditation, à l’écoute de la musique. Tout cela nous aide à garder la sérénité nécessaire à une réflexion rationnelle et à comprendre que nos autorités – comme nos services publics – font un travail remarquable. Pour cultiver nos relations, alors que nous sommes confinés, nous pouvons recourir au téléphone et à internet.

Quand l’épidémie sera terminée, il faudra se souvenir de ce que nous en avons appris et continuer à être créateurs. Notamment en ce qui concerne le travail dans les hôpitaux. Avant la pandémie, ceux-ci étaient déjà des lieux d’épuisement et de burn-out. Ainsi, un tiers du personnel infirmier quitte son métier avant l’âge de 35 ans. C’est pourquoi l’Association suisse des infirmières et infirmiers a déposé une initiative qui prévoit des améliorations nécessaires. Elle a recueilli 120'000 signatures en huit mois mais a été rejetée aussi bien par le Conseil fédéral, en 2018, que par notre parlement, en 2019. Quand elle sera soumise au vote populaire, il faudra se souvenir de nos applaudissements de chaque soir. Sinon ceux-ci n’auront été que l’expression de nos peurs. Il faudra aussi penser aux agriculteurs qui nous nourrissent, au personnel des magasins qui nous servent, en prenant des risques, et à bien d’autres.

Après la pandémie, il ne faudra surtout pas laisser remonter la logique marchande sur son trône. Il s’agira de donner toute sa place à une véritable santé. Le temps d’une solidarité durable est venu.

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