Adopter un plan pour une nouvelle politique climatique

L'invitéMichel Stevens plaide pour une plateforme commune aux organisations préoccupées par l'état de la planète.

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Le message que les manifestations pour le climat adressent depuis 2018 à nos gouvernants est fort. Malheureusement, son contenu est pauvre: «Faites quelque chose!» Certes, les manifestants se réfèrent à l’Accord de Paris de 2015. Mais ce dernier se bornait à fixer un objectif – limiter le réchauffement à 1,5°C ou 2°C, au choix – en donnant carte blanche aux gouvernements pour décider des moyens.

Les moyens? Au lendemain d’une nouvelle conférence climatique à Madrid aux conséquences décevantes, c’est bien là où le bât blesse. Dans un souci d’efficacité, les groupements de citoyens préoccupés par le réchauffement, qu’il s’agisse des jeunes (Grève du climat), des moins jeunes (Extinction Rebellion) ou des aînés (Grands-parents pour le climat) devraient se positionner explicitement par rapport aux mesures concrètes qu’ils attendent. Pourquoi ne s’efforceraient-ils pas de soutenir une position commune en Suisse et en Europe?

Le Pacte vert proposé par la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se fixant comme objectif la réduction de moitié des émissions de CO2 du continent d’ici à 2030 et la neutralité climatique en 2050, pourrait servir de texte de référence et de point de comparaison pour définir leur positionnement. Ce projet n’est certes pas sans failles. Tant s’en faut:

– ainsi le Pacte vert accepte d’emblée que le réchauffement excède 1,5°C, puisque, selon les rapports du GIEC, cet objectif exigerait une neutralité carbone dès 2040 et non 2050;

– de plus, la croissance demeure à l’honneur, mais une croissance qui serait découplée de la consommation de ressources. Autrement dit, pendant que le PIB augmenterait, la consommation de ressources naturelles diminuerait. Cette idée ne semble guère réaliste. En effet, selon l’économiste Tim Jackson, «peu importe l’efficacité matérielle qu’il soit possible de tirer d’une économie, une limite finira toujours par être atteinte, à partir de laquelle la poursuite de la croissance se remettra à faire croître les flux de matières»*.

«Pourquoi ne pas soutenir une position commune en Suisse et en Europe?»

Il faut se rendre à l’évidence. Le mythe d’une croissance sans limites a fait son temps. Nous avons besoin d’un autre récit, d’un nouveau mythe pour notre civilisation, ainsi que d’un nouvel indicateur qui «parle» aux femmes et aux hommes de notre temps; par exemple l’indice de la planète heureuse, qui a été proposé en 2006 par Nic Marks. Partant de la mesure du sentiment de bien-être fourni par des enquêtes, cet indice intègre l’espérance de vie et l’empreinte écologique. Et nous découvrons, grâce à lui, que la qualité de vie est bien meilleure au Costa Rica qu’aux États-Unis.

Mais, même si l’ambition affichée par la Commission européenne peut nous sembler insuffisante, se référer à son plan permettra de clarifier les choses. Nos gouvernants n’auront plus d’excuse pour justifier leur tiédeur.


* «Prospérité sans croissance – La transition vers une économie durable», Tim Jackson, De Boeck, 2010

Créé: 13.01.2020, 06h54

Michel Stevens, conseiller en gestion durable, membre de l'association Grand-parents pour le climat.

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