Ils affirment que les loyers baissent? Quelle farce!
L'invitéGrégoire Junod soutient l'initiative «Davantage de logements abordables», sur laquelle nous votons le 9 février.
En vue de la votation du 9 février prochain sur l’initiative «Davantage de logements abordables», propriétaires et locataires croisent le fer depuis des semaines sur la prétendue détente du marché immobilier. Pour arbitrer ce débat, le plus simple consiste encore à aller voir ce qu’il en est réellement. J’ai donc fait l’exercice, deux jours avant la parution de cet article.
Devant mon écran d’ordinateur, sur le portail Homegate.ch, géant de la location d’appartements en Suisse, je me suis mis en quête d’un appartement de 4 pièces/4,5 pièces, d’au moins 80 m2 et d’un loyer maximal de 2000 francs par mois sans les charges. Rien de particulier donc, mais un appartement standard pour une famille de la classe moyenne.
Les résultats? Pour Lausanne, Homegate ne recense que six appartements disponibles. Un problème de grande ville, diront certains? Pas du tout, c’est pire ailleurs! À Nyon, à Gland, à Rolle, à Morges, à Épalinges ou à Pully, il n’y a pas trace du moindre appartement libre.
«La détente du marché, vendue par les promoteurs immobiliers, est un leurre lorsque l’on parle d’appartements à loyer modéré»
Et ce n’est guère mieux dans l’Ouest lausannois ou sur la Riviera: deux seuls appartements à Renens, pas un seul à Prilly, à Chavannes, à Écublens, à Crissier ou à Bussigny et quatre seulement entre Montreux, Vevey et La Tour-de-Peilz… Ces chiffres sont révélateurs: la détente du marché, vendue par les promoteurs immobiliers, est un leurre lorsque l’on parle d’appartements à loyer modéré et accessibles à une majorité de la population.
L’initiative de l’Asloca sonne alors comme une évidence, en exigeant que 10% des nouveaux logements soient des logements abordables construits par des institutions d’utilité publique ou des coopératives. Les promoteurs hurlent au loup mais le texte de l’initiative demeure en réalité très raisonnable.
Cette initiative a également un second mérite, moins débattu. Elle constitue une réponse adaptée aux enjeux climatiques, en veillant à ce que le nécessaire assainissement des bâtiments ne se fasse pas sur le dos des locataires, à coups de hausses de loyers. C’est un réel enjeu. Dans toutes les régions de Suisse, nous avons un parc d’immeubles anciens avec de petits loyers. Or ces immeubles sont souvent des passoires énergétiques et vont nécessiter d’importantes rénovations. Si celles-ci doivent se faire sur le dos des locataires, nous irons dans le mur, mettant à la rue de nombreux retraités et familles modestes. Les 247 locataires qui se battent aujourd’hui contre la résiliation de leur bail par Credit Suisse dans le quartier de la Rouvraie à Lausanne en font l’expérience.
L’adoption de l’initiative obligera la Confédération et les Cantons à prévoir des fonds d’assainissement énergétique des bâtiments qui protègent les locataires contre des hausses excessives de loyer et des résiliations de bail. Une évolution indispensable pour concilier urgence climatique et protection des locataires.
Créé: 30.01.2020, 06h45
Grégoire Junod, syndic de Lausanne.
Articles en relation
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
Caractères restants:
J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.


Veuilliez attendre s'il vous plaît 
