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Pour une agriculture à la hauteur de l’enjeu du siècle

Raphaël Mahaim souhaite que la Confédération pose des conditions-cadres favorables au monde agricole.

À l’image des débats sur la biodiversité ou de la discussion sur l’initiative contre les pesticides de synthèse, certains s’interrogent au sein du monde paysan face à la montée des exigences en matière environnementale. Opposer agriculture nourricière, d’une part, et protection du climat et de la biodiversité, d’autre part, nous mène à l’impasse. Préserver durablement les conditions de la vie sur terre est un défi commun à toute l’humanité. L’agriculture doit en être l’un des ingrédients principaux. Mais pour ce faire, la Confédération doit poser des conditions-cadres favorables.

Or, ces dernières années, on a fait (presque) tout faux avec la paysannerie. À l’ère de Johann Schneider-Ammann, on a poursuivi sur le chemin de la libéralisation effrénée. L’agriculteur suisse ne peut pourtant pas être concurrentiel face à des produits étrangers soumis à des standards environnementaux et sociaux bien moins sévères. On n’arrive toujours pas en Suisse à payer 1 fr. par litre de lait aux producteurs, au motif que la rentabilité économique des fermes laitières n’est pas assurée. L’introduction du principe du Cassis de Dijon n’a pas amené les bénéfices escomptés pour les consommateurs, tout en ajoutant une pression supplémentaire sur les paysans. Les distributeurs, eux, n’ont pas vergogne à se réserver de belles marges.

Dans un autre registre, la Confédération a bloqué le financement d’un grand nombre de projets ambitieux de panneaux solaires en zone agricole (système de la rétribution à prix coûtant, RPC), freinant l’enthousiasme de ceux qui avaient investi dans une source d’énergie renouvelable. Enfin, last but not least, les changements de la fiscalité agricole, ensuite du tristement célèbre arrêt du Tribunal fédéral de 2011, ont plongé dans une immense incertitude les familles paysannes. En rendant plus difficiles la transmission des domaines et la valorisation des terres, la nouvelle fiscalité a donné un coup de massue supplémentaire à un secteur déjà fragile.

On voit fleurir des initiatives fantastiques favorisant l’essor d’une agriculture de proximité: coopératives, points de vente à la ferme, autocueillette de fruits de saison, marchés de produits du terroir, développement du bio, agritourisme, etc. Ces paysans ne doivent pas être freinés dans leur élan. Il faut savoir ce que l’on se veut! Veut-on des fraises d’Espagne au milieu de l’hiver et de la viande d’autres continents sur nos étals, avec en parallèle une paysannerie suisse qui tire la langue?

Comme habitant de la campagne et pour avoir suivi depuis plusieurs années au Grand Conseil le dossier douloureux de la fiscalité agricole, je mesure la dureté des conditions dans lesquelles évolue l’agriculture. Il est temps de changer de perspective: en échange des efforts que l’agriculture fournit pour la planète, la Confédération doit lui assurer une certaine protection et des conditions de travail dignes. C’est ainsi que notre pays pourra être à la hauteur de l’enjeu du siècle.

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