Allô, le Conseil d’État? C’est pour une fuite

Semaine politiqueCette chasse aux gorges profondes dans les étages supérieurs de l’État est désarmante.

Renaud Bournoud, journaliste de la rubrique politique vaudoise

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Les histoires fiscales de Pascal Broulis auront passablement ébranlé le gouvernement cantonal. Les six autres membres du collège ont dû se résoudre à imposer un contrôle fiscal au patron des Finances vaudoises. Celui-là même qui a la haute main sur l’Administration cantonale des impôts depuis seize ans. Vu de l’extérieur, c’est plutôt vertigineux.

Cette affaire a forcément esquinté la confiance au sommet de l’État de Vaud. Le gouvernement aurait même décidé de contrôler les appels passés entre les magistrats et certains journalistes. À ce sujet, «Le Temps» écrivait la semaine dernière: «Le climat de suspicion est tel qu’il est suggéré aux journalistes de ne plus communiquer par SMS avec les conseillers d’État.»

Les élus en seraient donc à se fliquer parmi. Bonjour l’ambiance! Nous avons demandé à Nuria Gorrite si elle confirmait ces informations. Réponse de la présidente de l’Exécutif cantonal: «Non, car elles relèvent de l’organisation interne du collège. Des informations à propos des séances du Conseil d’État ont été rendues publiques par des personnes qui n’y étaient pas autorisées, alors que la loi prescrit le secret des débats […]. Le gouvernement a donc décidé unanimement de prévenir les atteintes à la confidentialité de ses débats, qui est la base de la collégialité. Au surplus, il ne fait pas de commentaires sur les mesures qu’il prend à cet effet.»

Cette chasse aux gorges profondes dans les étages supérieurs de l’État est désarmante. On ne voit pas bien quelle information capitale a fuité dans les médias au sujet de cette «affaire Broulis». La chronique a été principalement alimentée par le chef du Département des finances lui-même. En essayant de justifier sa situation fiscale bancale, il a notamment révélé ses arrangements avec la Ville de Lausanne et des déductions de frais de transport à hauteur de 15'000 francs.

La réaction épidermique du Conseil d’État illustre surtout la perception ambivalente qu’ont les élus de la presse. Le journaliste est considéré comme un idiot utile tant qu’il leur permet d’exposer leur point de vue ou de présenter leur action. Dans cette veine, Pascal Broulis qualifie les médias de «messagers du pouvoir» dans son dernier bouquin. Mais ce «messager» devient vite un nuisible lorsqu’il s’aventure à raconter des histoires que le gouvernement ne souhaite pas voir publiées.

Bien sûr, ce rapport de force est dans l’ordre des choses entre des gens de pouvoir et des journalistes censés pratiquer la critique. Néanmoins, il est bon de garder cette ambivalence à l’esprit au moment où la classe dirigeante dit se préoccuper du déclin de la presse. (24 heures)

Créé: 09.04.2018, 14h12

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