L’ancien et le nouveau monde selon Saint Bowie

La RédactionBoris Senff évoque la maîtrise commerciale que la pop star avait de sa production.

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Il est très rare qu’une pop star soit vénérée de son vivant comme une icône appartenant déjà à l’histoire. A 68 ans, David Bowie jouit de ce privilège et, à l’occasion de l’exposition qui lui est consacré en ce moment à la Philharmonie de Paris, après le Victoria and Albert Museum à Londres, les foules rendent hommage à celui qui y est présenté comme un créateur global faisant orbiter mode, théâtralité et art contemporain autour de l’astre de la pop music.

Cette effervescence autour du chanteur britannique intervient alors qu’il a sorti l’album Next Day, en 2013, depuis sa semi-retraite d’artiste retiré du circuit des concerts et des apparitions publiques. A l’heure de la communication planifiée et du storytelling imposé, l’attention que David Bowie parvient à susciter par sa seule musique et quelques clips lâchés sur le réseau indique autant sa stature que son habileté à jouer des codes pop qu’il a lui-même contribué à établir.

«A son inventivité folle correspond aussi un contrôle commercial implacable»

Parmi les innovations à mettre à son compte, son «transformisme» a souvent été souligné, cette aptitude de caméléon postmoderne lui permettant de construire sans cesse de nouveaux personnages en additionnant les citations. Au centre de cette valse d’avatars, demeure évidemment sa musique – et sa voix, une évidence souvent oubliée –, très commentée ces dernières semaines avec son lot de poncifs et de reconsidérations.

La «trilogie berlinoise» (les albums Low, Heroes et Lodger) est ainsi souvent surévaluée, alors que seul le premier fait bloc et front (à Montreux en 2002, Bowie l’avait d’ailleurs entièrement rejoué). Des albums clés (The Man Who Sold The World de 1970, 1.Outside de 1995, dernier album-concept pétri d’ambitions) sont souvent oubliés. Pire, le cliché d’ayatollahs rétifs au succès populaire réapparaît, qui prétend que Let’s Dance serait son pire album…

Pour une relecture très personnelle et originale de la trace artistique de Bowie, on renvoie sans hésiter au récent ouvrage de Simon Critchley, Bowie – Philosophie intime (Ed. La Découverte), mais, dans les multiples paradoxes qui constituent les dimensions de l’artiste, il en est un qu’il paraît urgent de rappeler: à son inventivité folle correspond aussi un contrôle commercial implacable.

Entre ses fusées glam post-hippies, proto-punk ou discoïdes et le businessman du showbiz qui «titrisait» ses droits d’auteur pour 55 millions de dollars en 1997, la star résume un moment de la culture occidentale. L’utopie des œuvres transformée en gestion des produits. Bowie est l’un des seuls à avoir parcouru ce chemin de croix warholien.

En lui se croisent l’ancien et le nouveau monde. «Next day», c’est aussi bien un jour de plus pour l’ancien monde, que le premier du nouveau… La star persiste et signe.

Créé: 07.04.2015, 21h12

Boris Senff, rubrique Culture (Image: DR)

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