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Apocalypse Now à la déchetterie

Transformé en Guantánamo, le dernier lieu social du village m'a fait comprendre qu'on ne rigolait plus avec le virus.

À quel moment prend-on vraiment conscience que quelque chose d’anormal est en train de se produire? Sans s’avancer beaucoup, on peut dire que chacun est allé à son rythme dans la crise que nous vivons, le compte à rebours de la dernière bourguignonne entre amis ou de l’ultime apéro vaudois avec un seul godet «qui tourne» n’ayant pas eu le même timing pour tout le monde.

Il faut sans doute un événement qui frappe pour ouvrir les yeux et finir par s’y mettre. Dans mon village, où la vie s’est subitement arrêtée, où l’on se rend presque à la sauvette à l’épicerie ou à la poste, derniers rescapés du monde moderne, il reste un lieu «social»: la déchetterie. Pour beaucoup de mes concitoyens, ce n’est pas juste un endroit anonyme où l’on balance son verre vide et les piles usagées, mais le dernier salon où l’on cause. C’est là aussi que des inconnus en salopettes et camionnettes traînent leurs guêtres dans l’espoir de dénicher un porte-habits ou un grille-pain à refourguer plus loin, pendant que le journaliste hume la petite info sur la marche de son petit monde, sait-on jamais.

«Aucune poignée de main, juste de l’ordre et de la rigueur dans ce bordel d’ordinaire joyeux»

Puis il y a eu ce dernier mercredi. La file de voitures arrêtées, le temps suspendu, «mon» municipal en gilet jaune en train de faire la police (cinq automobilistes à la fois, pas plus!), l’employé communal volontiers «semeur» dans le rôle du surveillant de portail, la mine pour une fois sombre. Aucune poignée de main, juste de l’ordre et de la rigueur dans ce cérémonial d’ordinaire joyeux. Allez savoir pourquoi, c’est en voyant ce décor digne d’un plateau de cinéma, les chuchotements, les pas d’habitude lents et soudain pressés, que mon sang s’est glacé. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup: j’ai compris que le temps de la rigolade était terminé, que l’ambiance était désormais en mode «fin du monde».

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Revenant au «confinement» avec mes caisses vides dans une main et mes sachets biodégradables pour les lavures dans l’autre, je me suis senti un peu honteux de voir sur le chemin ma syndique occupée à aider Roseline à faire entrer les clients à la queue leu leu dans l’ancienne écurie transformée en marché, les membres de la Société de Jeunesse des cabas plein les mains pour remplir le frigo des «anciens», le paysan à l’ouvrage dans son champ alors que je m’apprêtais à me mettre au clavier pour vous le raconter. Avec comme seul titre de gloire d’avoir éliminé les capsules de café et le vieux papier, pendant que tous les autres étaient occupés à aider…

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