Une banque centrale digitalise sa monnaie

Regard éco

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le «bulbe» Bitcoin – à l’instar des bulbes de tulipes à Amsterdam au XVIIe siècle – nourrit une vague spéculative sans précédent. Cette «bublomania» des temps modernes montre à quel point «les marchés» – anthropomorphisme primaire – ont perdu la notion même du rapport au réel, sans parler des commentateurs, eux bien en chair et en os. Derrière le Bitcoin, il y a la technologie block-chain dont le potentiel fait aussi tourner les têtes tant elle paraît potentiellement «disruptive». Elle pourrait, en effet, révolutionner la finance en mettant hors-jeu les traditionnelles institutions de dépôt, gardiennes des actifs aujourd’hui, certes dématérialisés, mais qui doivent continuer à être détenus. Avec block-chain ils pourraient être mis en mouvement permanent et naviguer au gré des transactions au travers du cyberespace tout en restant parfaitement traçables et donc localisables. Ce serait la fin des gardiens des actifs dématérialisés et l’entrée en scène de nombreuses FinTech qui phosphorent déjà sur la meilleure manière de mettre la main sur une partie du gâteau.

Ce qui frappe, c'est le profil relativement bas
des banques centrales

Ce qui frappe dans les frémissements technologiques du domaine de la finance, c'est le profil relativement bas des banques centrales. Certes, elles n’ont jamais été très loquaces. Mais il y a aussi une autre raison. La vague de digitalisation des paiements a pour conséquence l’aspiration par le secteur financier des billets et des pièces dont la circulation diminue. La perspective de la substitution des moyens de paiements mis en circulation par les banques commerciales, par les espèces émises par les banques centrales, pose trois problèmes. Le premier a trait au risque pour le porteur. Un franc géré par une banque commerciale est exposé au risque de faillite subite de cette banque, ce qui n’est pas le cas d’un billet de banque centrale physiquement dans notre poche. Le second problème est celui du coût : ce jouet technologique a un coût que l’utilisateur paie – parfois à son insu d’ailleurs. Le troisième problème est celui de l’anonymat qu’offre le billet alors que toute transaction digitale est traçable plus ou moins facilement.

Si les banques centrales ne bougent pas, elles risquent de se retrouver hors-jeu après avoir abandonné sans coup férir, la fourniture des moyens de paiement au secteur privé. La Banque Centrale d’Uruguay ne l’entend pas de cette oreille. Avec un partenaire technologique suisse, cette institution vient d’inaugurer en novembre une expérience pour tester – grandeur nature – la viabilité d’une monnaie de banque centrale véhiculée par une application sur téléphone portable qui a la capacité d’anonymiser la transaction. De cette manière la Banque centrale entend mettre à la disposition des Uruguayens une monnaie certes dématérialisée, mais ayant les mêmes caractéristiques juridiques et économiques que les bons vieux billets. Il se pourrait que d’autres banques centrales soient déjà – en toute discrétion – sur des projets similaires. Ceci revient donc, si j’ai bien compris le projet, à doter à terme la population de e-billets flottant dans le cyberespace de la banque centrale, qui changeraient de détenteur en fonction d'instructions envoyées depuis les smartphones. Cela équivaudrait à détenir nos portemonnaies auprès de la banque centrale. L’étape d’après pourrait être l’ouverture de comptes de virement personnels qui deviendraient une véritable alternative à la digitalisation portée par les banques commerciales.

Créé: 13.12.2017, 08h27

Paul H. Dembinski, directeur de l'Observatoire
de la finance

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Les intempéries paralysent une partie de la Suisse
(Image: Bénédicte) Plus...