La bataille écologique perdue par la faute des médias?

L'invitéGrégoire Gonin, historien, estime que la presse doit exercer un «contrôle critique» sur les affirmations de ses interlocuteurs.

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«Si quelqu’un dit qu’il pleut et un autre qu’il fait soleil, le rôle des médias n’est pas de relayer les positions des uns et des autres, mais d’ouvrir la fenêtre et de dire le temps qu’il fait.» La boutade illustre la récente étude californienne sur la place accordée au climatoscepticisme depuis 1990. Par goût du pseudo-débat et de la polémique stérile, gages d’audience, la presse s’est à son corps semi-consentant laissé duper par «Les marchands de doute». Dans l’essai portant ce titre, en 2010, les historiens Erik Conway et Naomi Oreskes reprochaient déjà aux journalistes leur obsession de la symétrie du temps de parole, aux dépens de la scientificité des propos tenus. «L’objectivité, c’est cinq minutes pour Hitler et cinq minutes pour les juifs», prête-t-on à Jean-Luc Godard.

Trente ans après, l’impact de la neutralité médiatique face au négationnisme climatique se ressent dans la population. L’opinion s’accroche au mirage aveuglant du Salut par la déesse Innovation, brandie à tout vent. Dans sa majorité, la société civile se complaît dans le déni et se replie sur des croyances purement idéologiques. Les manœuvres des lobbies pour discréditer les chercheurs suisses, révélées dans ces colonnes le 15 mars, enfoncent le clou.

On peut craindre que la mise au point salvatrice de Martine Rebetez sur l’égoïsme climatique («24 heures» du 8 juillet) ne survienne trop tard. L’étude exemplaire de l’Université de Berne, tombée en pleine canicule, pourrait subir un sort identique. En démontrant le réchauffement inédit du climat sur toutes les parties du globe simultanément depuis l’ère industrielle, les chercheurs rendent caduque l’idée reçue selon laquelle «le réchauffement a toujours existé». Alfred Einstein constatait qu’«il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé».

Le journalisme ne doit pas seulement tendre le micro à des «partenaires», mais exercer un contrôle critique sur les acteurs sociaux. La liberté d’expression implique le rétablissement des faits; il en va du respect du citoyen dépourvu du temps nécessaire à revêtir le costume d’expert au quotidien.

«La liberté d’expression implique le rétablissement des faits; il en va du respect du citoyen»

Or, les travers se conjuguent au pluriel. La presse doit-elle offrir une tribune à un parti vilipendant les «fanatiques du climat» et dont l’affiche provocatrice se méprend sur le rôle fondamental du lombric dans la fertilisation des sols? Peut-elle laisser un parlementaire justifier sa volte-face sur la taxe CO2 sans lui rappeler ses propos hivernaux sur le «populisme écologiste» ou la «ferrovipathe suédoise», et lui donner ainsi le beau rôle du repenti? Relayer l’hostilité indigente et misogyne envers l’activiste scandinave est-il admissible?

Le défi du XXIe siècle face au chaos de ce qui a été infligé à la Terre est colossal. Face à un tel enjeu, politique, économie, médias et citoyens doivent assumer leurs responsabilités communes mais inégales.

Créé: 10.09.2019, 16h47

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