Comment la BNS fait des heureux à l’Est

Carte blancheMarian Stepczynski, chroniqueur économique.

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L’un des effets collatéraux, si l’on peut dire, de la politique monétaire suivie par la Banque nationale suisse est d’avoir fait par moments des heureux en Europe centrale. La longue période de bas taux d’intérêt que le franc a traversée depuis une bonne vingtaine d’années a en effet conduit les emprunteurs de pays tels que la Pologne ou la Hongrie, comme plus à l’ouest l’Autriche voire bon nombre de municipalités françaises, à préférer s’endetter en francs plutôt qu’en zlotys, forints et autres euros, tant l’écart de taux entre ces monnaies – encore lestées de l’inflation héritée de la période communiste – et le franc était important.

«Quelque 40% des prêts immobiliers en Pologne sont libellés en francs suisses»

Qu’on en juge plutôt par cet exemple: au premier semestre 2011, le taux d’intérêt moyen de l’encours de l’ensemble des crédits hypothécaires en francs souscrits par des ménages polonais se situait légèrement en dessous de 2%, alors que celui des prêts libellés en monnaie domestique frisait les 6% à la même époque. Or quelque 40% des prêts immobiliers en Pologne sont libellés en francs.

L’introduction, le 6 septembre 2011, du taux plancher de 1 fr. 20 pour 1 euro donna un véritable coup d’accélérateur aux crédits en francs accordés par les banques suisses à des débiteurs étrangers. Entre septembre 2011 et janvier 2015, le total de ces crédits passa de 112 à 149 milliards de francs, alors qu’ils avaient nettement reculé depuis la crise financière de 2008. Pour les seuls prêts hypothécaires accordés à l’étranger par des banques établies en Suisse, le saut fut encore plus important: d’après les statistiques publiées par la BNS, leur total doubla pratiquement, passant de 4,8 milliards de francs en septembre 2011 à 8,2 milliards à fin décembre 2014.

Pour la seule Pologne, le total des crédits en francs atteignit même la somme vertigineuse de 40 milliards de francs, soit l’équivalent de 10% du produit intérieur brut de ce pays. La proportion fut même plus de deux fois plus élevée pour la Hongrie (22% du PIB).

Le retour du franc aux alentours de 1 fr. 20 pour 1 euro – autrement dit au niveau auquel tant de ménages hongrois et polonais (et bon nombre de collectivités publiques, y compris la capitale autrichienne!) avaient cédé à l’attrait irrésistible d’un franc à la fois bon marché et faiblement rémunéré – est évidemment accueilli avec soulagement. Beaucoup de débiteurs sont du coup encouragés à dénouer sans délai les swaps de devises et d’intérêt à plusieurs années d’échéance qu’ils avaient conclus à l’époque du cours plancher pour profiter de l’aubaine.

Ils pourraient donc dire merci à la BNS, encore que l’on puisse sérieusement se demander si cette dernière est pour beaucoup dans le récent affaiblissement du franc. Car non seulement ses interventions sur le marché des changes se sont faites plus rares, mais encore il semble bien que l’on ait moins affaire à une baisse du franc qu’à un redressement de l’euro, favorisé sans doute autant par la vigueur conjoncturelle qui s’est manifestée ces derniers mois dans l’ensemble de la zone euro que par l’éloignement des craintes d’y voir surgir de nouvelles difficultés bancaires, témoin la remontée des rendements obligataires sur les titres du Trésor. (24 heures)

Créé: 14.05.2018, 11h53

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