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Burkhalter, la première démission people

Judith Mayencourt regrette que le Sage n'ait pas daigné procéder à son bilan.

Dimanche dernier, j’étais en train de trier mon linge, histoire de faire la lessive avant lundi. Et là, j’ai eu un gros coup de mou en pensant à ma vie. Une vie découpée en morceaux, entre le travail et la famille, sans jamais être sûre de faire les bons choix, que ce soit pour mon journal, pour ma famille, ou pour les générations futures auxquelles je souhaite un monde meilleur.

Et ça a été une révélation, «comme une grande vague». J’ai su que «le moment était venu d’écrire une nouvelle page de ma vie». J’en ai parlé à mon mari, qui est «ma raison de respirer». J’étais sûre que cet homme me donnerait «la force d’envisager une autre vie». Et c’est à ce moment-là que j’ai compris que je n’étais pas Didier Burkhalter. Fin du film…

Je sais, l’ironie est facile. Oui, Didier Burkhalter est humain. Et le besoin impérieux de changer de vie, par lequel il explique sa démission surprise, fait écho à l’aspiration de très nombreuses personnes qui font un job difficile et rêvent d’appuyer sur le bouton pause.

Ministre ou employé, il n’y a pas de honte à dire sa faiblesse. Mais la question n’est pas là. Quelles que soient ses motivations personnelles, elles ne dédouanent pas Didier Burkhalter du devoir de bilan. On espérait qu’il saisirait l’occasion de sa démission pour défendre sa vision du monde et sa stratégie politique aux Affaires étrangères. Qu’il nous explique quel rôle peut jouer notre pays sur la scène internationale, mais aussi et surtout pourquoi la Suisse devrait signer un accord institutionnel avec l’Union européenne. Et pourquoi elle devrait le faire rapidement.

Le conseiller fédéral n’avait que l’embarras du choix. Depuis le 9 février 2014, des centaines de demandes d’interviews s’entassent sur son bureau. A date régulière, on sollicite le ministre, avec pour seule réponse qu’il ne souhaite pas s’exprimer pour l’instant.

Le grand taiseux du Conseil fédéral allait-il enfin livrer les clés de son travail politique dans une véritable interview testament? Que nenni. Le Neuchâtelois a préféré l’option people pour confier ses états d’âme de démissionnaire. Avec cette confession paradoxale: «J’estime que les êtres humains doivent pouvoir garder leur mystère, leur droit à ne pas tout expliquer, leur choix de ne pas tout mettre sur Twitter ou Facebook. Bref: leur choix de vie.» Après tant de révélations intimes, la conclusion nous laisse sans voix!

On repense à Otto Stich. Le socialiste avait démissionné de colère, au terme d’une séance houleuse du Conseil fédéral, où il avait été battu. Une démission politique en guise d’avertissement. Le rude Soleurois ne s’exprimait qu’en allemand, mais il avait su se faire comprendre de tous.

Didier Burkhalter, lui, préfère se taire dans toutes les langues, selon le mot terrible de l’ancien conseiller national Claude Frey. Une ligne politique à laquelle il sera resté fidèle jusqu’au bout.

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