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Le Capitole renaît, Le Plaza se meurt

à Giulia Marino, à propos de salles de cinéma qui vont se faire belles ou disparaître.

Jamais nous n’aurons autant entendu parler de la question patrimoniale concernant les cinémas romands que ces derniers mois. Et pour cause. Ce corpus, déjà mis à rude épreuve par la fermeture de nombreuses salles historiques, revient sur le devant de la scène avec une bonne et une mauvaise nouvelle. Ce sont deux joyaux de cette production emblématique qui témoignent de la démocratisation des loisirs: le Capitole à Lausanne (Charles Thévenaz, 1928; Gérald Pauchard, 1950-1959) et Le Plaza à Genève (Marc J. Saugey, 1952), équipements «modernes et fonctionnels», mais aussi architectures tout à fait remarquables.

La bonne nouvelle – et il s’agit d’une excellente nouvelle – est la restauration du premier, dont le projet semble enfin se concrétiser. Après quelques hésitations – rappelons que l’achat de la part de la Ville de Lausanne remonte à 2010 –, la sauvegarde et l’extension de la «salle la plus confortable de Suisse» sont attendues dans quelques mois.

«En somme, les amateurs de cinéma et d’architecture iront voir (ou revoir) «Cinéma Paradiso» au Capitole»

Glisser dans la pente une nouvelle salle pour 140 spectateurs sous les locaux d’origine de 1928, amplement remaniés dans l’après-guerre, est, certes, une opération délicate. Opération délicate et conduite d’ailleurs sous l’œil attentif d’un collège d’experts, mais très certainement salutaire quant à la valorisation du cinéma.$

Elle va sans doute faciliter la tâche de la nouvelle fondation crée ad hoc. Sa mission sera de faire de l’ancien Capitole une Maison du cinéma ouverte et dynamique, ce qui veut dire aussi en assurer une exploitation, pas forcément «rentable», mais tout au moins raisonnable.

L’exploitation, parlons-en. C’est là où le bât blesse. Et cela nous amène à la mauvaise nouvelle. Et elle est vraiment très mauvaise: la démolition du Plaza à Genève, œuvre de génie de l’architecte Saugey, au cœur du complexe multifonctionnel Mont-Blanc Centre.

Si la démolition de «la plus belle salle de cinéma de Genève» (les avis sont unanimes sur ce point) pourrait être imminente, l’affaire, en revanche, n’est pas nouvelle. Elle débute en 2006, au moment de l’annulation par le Tribunal fédéral de l’arrêté de classement du cinéma. Interpellée par son propriétaire, la justice libérait le cinéma de toute contrainte patrimoniale. Selon quel argumentaire? Le classement imposait de conserver la fonction d’origine, mais «maintenir l’espace réservé au Cinéma Le Plaza revenait à s’immiscer dans sa sphère d’activité et constituait une atteinte non seulement à la garantie de la propriété mais également à sa liberté économique». Constitution fédérale dixit. Point à la ligne.

Un projet incompréhensible

Depuis, une demande en bonne et due forme de démolition du Plaza a été déposée. À la place de la première salle CinémaScope de Suisse est proposé un projet de densification aussi incompréhensible que hors de notre actualité (un parking au centre-ville, est-ce sérieux?), contre lequel se sont érigés architectes, artistes et bon nombre de citoyens qui pensent que la culture devrait faire part de la société.

Malgré une mobilisation populaire impressionnante en faveur de la déclaration d’«intérêt public» du cinéma par son affectation culturelle, et quelques études réalistes qui démontrent sa rentabilité potentielle à l’appui de nombreuses expériences suisses et européennes, rien n’a bougé.

Un nouveau rebondissement semble malheureusement peu probable, et c’est fort dommage. En somme, les amateurs de cinéma et d’architecture iront voir (ou revoir) «Cinéma Paradiso» au Capitole.

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