En chassant les voitures sales, Bâle montre la voie

La rédactionPatrick Monay revient sur les restrictions du trafic automobile acceptées dimanche dernier par les citoyens de Bâle-Ville.

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Deux messieurs en costume-cravate, la mine sombre et le regard incrédule. Pour décrire la photo publiée lundi dernier par la «Basler Zeitung», il faut songer à feu Jean-Pascal Delamuraz et René Felber le 6 décembre 1992, au moment où ils doivent commenter le refus des Suisses d’adhérer à l’Espace économique européen. Ou à la foule massée sur la place de la Planta, à Sion, lorsque le président du CIO annonce que les JO 2006 sont attribués à Turin, au détriment d’une candidature valaisanne archifavorite. Stupeur générale. Incompréhension. Presque le sentiment qu’un monde vient de s’écrouler.

C’est un peu de cela qu’il s’agit à Bâle. L’image montre le directeur et le président de l’organisation faîtière des PME de Bâle-Ville qui viennent d’apprendre leur échec dans les urnes. Ce dimanche 9 février 2020, les citoyens ont accepté de bannir le trafic automobile le plus polluant des rues et des routes du demi-canton dès 2050. Terminé, le règne des voitures à essence et des camions diesel.

Pour le «Gewerbeverband» de MM. Barell et Schweizer, la défaite est doublement amère. Car les votants ont aussi et surtout rejeté deux initiatives «provoiture» présentées par cette association. La première voulait que les restrictions de circulation des véhicules privés soient biffées de la loi cantonale sur l’environnement. Les Bâlois ont dit non à 65,2%. Quant au second texte, il exigeait un nombre «suffisant» de places de parc sur le domaine public. Objectif: favoriser autant les commerçants – et leurs clients – que les résidents. La mesure phare aurait impliqué, en cas de suppression de cases de stationnement, leur remplacement obligatoire par autant de nouvelles places dans un rayon de 200 mètres. Résultat: un «nein» à 57,7%.

C’est donc un message on ne peut plus clair qu’ont envoyé les habitants de Bâle-Ville: ils ne veulent plus d’une politique orientée sur la bonne vieille bagnole. «La population souhaite une meilleure qualité de vie, résume la députée socialiste Lisa Mathys. La ville appartient aux gens et non aux voitures garées.»

«Pas facile de changer d’époque quand on doit gérer les problèmes du quotidien»

Le désarroi qu’on lit sur les visages des responsables de l’association économique bâloise se comprend aisément. Pas facile de changer d’époque quand on doit gérer les problèmes du quotidien. «Nos membres sont coincés dans les embouteillages quand ils veulent se rendre chez leurs clients, déplore le directeur, Gabriel Barell. D’autres ont toutes les peines du monde à se garer devant leur magasin.»

Mais le mouvement est inexorable, à Bâle comme dans les autres villes de Suisse. À Genève, nous apprennent nos confrères de la «Tribune», les autorités ont la ferme intention de réinventer la place de la gare Cornavin en la débarrassant du trafic motorisé. L’avenir appartient aux transports en commun, aux voitures électriques stationnées en sous-sol, aux systèmes d’autopartage, aux véhicules autonomes. Et sans doute au télétravail, qui réduira le flot des pendulaires. Même les défenseurs les plus farouches de la mobilité individuelle pourraient y trouver leur compte.

Créé: 14.02.2020, 06h43

Patrick Monay, chef de la rubrique Suisse.

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