Se faire des cheveux gris pour le futur de la LAMal

L'invitéRené Knüsel, politologue et professeur à l’UNIL.

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Des signaux contradictoires émanent du Conseil fédéral à propos de l’assurance-maladie. Le plus récent, plutôt réjouissant, entend soulager le portefeuille des familles et des jeunes adultes en adaptant le système de compensation des risques entre assureurs. En clair, l’idée est de diminuer leur part à la solidarité générale, ce qui pourrait en revanche se traduire par une augmentation des cotisations des personnes plus âgées.

Les économies réalisées par les cantons devraient permettre de mieux soutenir les familles avec enfants, en particulier celles qui ont des bas et moyens revenus. Par ailleurs, l’adaptation des primes pour les jeunes adultes pourrait aussi aider les familles qui les ont à charge. Tout cela pourrait se dérouler, en cascade, à partir de l’année prochaine.

Ce surcroît d’équité dans le paiement des primes d’assurance-maladie risque toutefois d’être atténué par une autre initiative du Conseil fédéral visant à hausser le montant de la franchise. Cette dernière pourrait désormais se situer à 350 francs. L’appel à la responsabilité du patient passe par l’acquittement d’un ticket, préalable à toute prestation de soins.

«Les tentatives visant à réguler le comportement des prestataires se heurtent à une farouche résistance»

Ainsi, nos autorités veulent qu’un effort soit fait pour aider les familles à payer leurs primes tout en les mettant à contribution par une hausse des franchises qui les touchent particulièrement. Cette pratique de la responsabilisation du patient a pour effet pervers de conduire une partie de la population vulnérable à renoncer à se faire soigner. Plusieurs études à Lausanne et à Genève, confortées par l’Office fédéral de la statistique, ont montré que le nombre de renoncements à des soins pour des questions financières tendait à s’accentuer ces dernières années.

Faire réfléchir le patient avant qu’il ne sollicite une prestation peut se justifier, pour autant que l’ensemble du dispositif soit soumis aux mêmes incitations. Or, les tentatives visant à réguler le comportement des prestataires se heurtent à une farouche résistance. Les familles et les assurés, en particulier les plus vulnérables, voient leur accès aux soins se réduire en raison du prix et de la complexité d’accès aux prestations. Myopes face à ce paradoxe, une partie de l’hémicycle politique et des lobbyistes de la santé préconisent une franchise à 500, 600 francs, régulée par l’augmentation des coûts. Le montant de 10 000 francs a même été articulé!

Avec un tel mécanisme, la Suisse aura un système de soins, peut-être remarquable, mais inaccessible à une frange notable de la population et tout particulièrement aux familles incapables d’assumer les coûts liés aux besoins de soins de chacun de ses membres.

Cette dérive, soufflant le froid et le chaud, doit cesser pour penser un dispositif bénéficiant enfin et d’abord à la santé du patient. (24 heures)

Créé: 16.04.2018, 17h45

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