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Chic, bientôt «Mad Max»

Les fumées et les nuages ocre australiens ont eu droit à leur quart d’heure de célébrité, la plupart du temps en lien avec une inquiétude tennistique: le tournoi de Melbourne n’allait-il pas se retrouver perturbé par la fureur des éléments? La question a fait long feu alors que les koalas roussis ont tenu un peu plus longtemps sur le gril médiatique. Difficile de prendre la mesure de l’angoisse ou de la fascination à l’occasion de ces manifestations catastrophiques, tant le ballet spectaculaire auquel elles participent semble dynamisé par la beauté de leurs images – il y a une esthétique de l’horreur.

Ces visions renvoient à la mémoire cinématographique: «Mad Max 2: Le défi», film où Mel Gibson soulevait des tourbillons de poussière dans le bush australien au milieu de hordes sanguinaires de punks postapocalyptiques. L’imaginaire culturel inverse volontiers le discours idéologique de la cause écologique actuelle. Nul besoin de remonter à l’archétype de «L’apocalypse» pour le démontrer. La vie après la catastrophe fascine. Il suffira de mentionner le jeu vidéo «Fallout» qui, depuis sa création en 1997, poursuit une très belle carrière commerciale en proposant à ses clients de survivre dans une ambiance postatomique. Avant l’urgence climatique, la menace nucléaire a toujours eu beaucoup de succès dès qu’il s’agissait d’anticiper, avec une joie mauvaise, la survie d’après le désastre, dans un déchaînement de violence compétitive qui débride totalement les injonctions néolibérales.

Selon une très récente enquête mondiale du CICR, la moitié des jeunes de notre belle planète estime plus que probable une attaque nucléaire et ils sont autant à parier sur une nouvelle guerre mondiale dans les dix ans. Combien y avait-il de joueurs de «Fallout» devant Greta Thunberg à la place de la Riponne, à Lausanne? Sûrement moins qu’à Davos, où, certes, le jeu relève d’enchères supérieures. Donald Trump ne ferait-il pas un bon méchant pour «Mad Max 5: Carbonata Shockwave»?

Il est facile de se gausser de guignols richissimes et de regarder de haut des gamins fous de leur manette, mais ne vivons-nous pas tous dans l’espoir secret d’un anéantissement? Dans son essai de 2014, «Post catastropham omne animal triste est», le sociologue Bertrand Vidal fait le pas: «Le «style de notre époque» s’exprime sur un registre inédit jusqu’alors: le désir collectif de catastrophe et d’apocalypse, se traduisant dans l’imagerie populaire par un phénomène de surconsommation d’images du désastre et de l’horreur et de fascination envers les métaphores de notre propre fin, de notre propre effondrement, de notre autodestruction.»

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