Le Château ou la cour de récréation

Carte blancheFrançois Modoux établit un parallèle entre les affaires du Canton et une activité sous la Coupole fédérale.

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En 2003, quand les Vaudois révisent leur Constitution, ils marquent une césure qu’ils n’imaginent pas eux-mêmes. Le canton est lessivé par dix ans de marasme. Une nouvelle génération accède au pouvoir. Broulis et Maillard sont trentenaires quand ils entrent au Conseil d’Etat, en 2003 et 2004. Cela change le regard sur la fonction.

Après les incendies d’une décennie de crise, les constituants ont eu l’intuition que la politique était devenue plus exigeante. La conduite de l’Etat est trop sérieuse pour être confiée à des gouvernants à mi-temps, un œil sur leurs dossiers cantonaux et l’autre lorgnant vers le Parlement fédéral. De la même manière, le parlement de milice, c’est joli sur le papier; mais l’action de légiférer requiert aussi toujours plus d’expertise et de labeur. En se professionnalisant, les deux mandats se sont éloignés. Impossible de briller simultanément à Lausanne et à Berne. La Constitution de 2003 interdit donc aux conseillers d’Etat de siéger à Berne. Entre le Château et le Palais fédéral, il faut choisir. La gouvernance cantonale s’en trouvera affectée.

Les quadras ont empoigné leur tâche en se projetant dans un temps long, libérés de la tentation de se disperser à Berne. Leurs compétences rétrécissent face au centralisme fédéral, mais ils sont les maîtres d’œuvre, sur leur terrain, de politiques toujours plus complexes. Pour cette mission, le conseiller d’Etat reçoit des moyens. Il s’entoure de fidèles qui l’aident à tenir le gouvernail. Il devient un manager de l’entreprise Etat. C’est un métier à hautes responsabilités. Plutôt bien rétribué, ce qui n’est pas le cas du parlementaire fédéral qui jongle pour vivre et bricole passablement; il ne dispose même pas d’un bureau dans la capitale alors qu’il doit y passer toujours plus de temps s’il veut peser sur les décisions.

Par contraste, au parlement fédéral, ça crie et ça cogne

L’élan économique retrouvé du canton a aussi redonné de l’attrait au mandat de conseiller d’Etat. La dynamique de succès porte, il y a de l’argent à redistribuer, des politiques clientélistes à mener.

Les quadras sont aguerris, ils ont 50 ans, c’est jeune pour arrêter. Ils ont bien géré leur affaire. Le canton est apaisé. L’autorité des ministres est restaurée. Le peuple leur fait confiance, il les réélit sans chipoter. Quel contraste avec la décennie 1994-2004, qui carbonisa six membres du gouvernement. Démissions et non réélections à répétition: les partis en avaient le tournis. Le Vaudois est placide mais quand il se met en colère…

Aujourd’hui, le canton est un océan de stabilité, la politique y est un long fleuve tranquille. Il semblerait que le Château procure des satisfactions inégalables. Par contraste, la scène fédérale a l’air d’un préau de récréation où ça crie et ça cogne. Tout cela explique qu’un conseiller d’Etat réfléchit deux fois avant de s’y risquer.

Créé: 25.04.2015, 08h14

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