Le CICR est-il soluble dans le World Economic Forum?

L’invitéThierry Germond, délégué du CICR de 1968 à 2004, réagit aux propos de Peter Maurer, président de l'institution, parus dans nos colonnes.

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Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) traverse-t-il une grave crise institutionnelle? L’article paru le 7 décembre 2017 dans 24 heures sous le titre Le CICR imagine des robots humanitaires laisse entendre que le président du CICR M. Peter Maurer est confronté à des «détracteurs» internes et externes, ces derniers étant d’anciens délégués du CICR.

De quoi s’agit-il? Si l’on est attentif au poids des mots, qualifier de «détracteurs» des collaborateurs qui, au prix de grands risques personnels, tentent d’assurer protection et assistance aux victimes des conflits armés ou considérer comme des «détracteurs» d’éminents membres honoraires de l’Assemblée du CICR ou d’anciens collaborateurs parmi lesquels des cadres dont la contribution au développement de l’Institution dès les années 1970 est à l’origine de la crédibilité et de la reconnaissance internationale dont bénéficie aujourd’hui le CICR, dénote une déconnexion des réalités de la part des plus hautes instances de cette organisation.

Dans le cadre d’une vaste campagne de communication lancée il y a quelques semaines, le CICR met l’accent sur l’innovation et la technologie et lance un nouvel instrument financier ouvrant la voie à «l’investissement humanitaire» permettant à l’investisseur de toucher un dividende de 7% sur cinq ans. Le CICR reprend ainsi à son compte plusieurs thèmes chers au World Economic Forum et à sa «4e révolution industrielle».

Le président du CICR considère comme normal que des firmes multinationales ou des banques privées, telles la Fondation LafargeHolcim, dont le président était à la tête du conseil d’administration de Holcim en 2014 lors des négociations sur la fusion de ce dernier avec Lafarge, la Banque Lombard Odier, qui a lancé les «Obligations à impact humanitaire» du CICR, Hoffman-La Roche ou Zürich Assurances soient représentées par l’un de leurs dirigeants au sein de l’Assemblée du CICR voire de son Conseil Exécutif.

Le président du CICR trouve normal de figurer personnellement parmi les dirigeants du World Economic Forum, organisation dont les principaux marchands de canons de la planète figurent parmi les membres, notamment ceux qui manufacturent les bombes à fragmentation qu’utilise la coalition menée par l’Arabie saoudite pour bombarder le Yémen, armes prohibées par la Convention de Dublin de 2008 ratifiée par la Suisse.

Si l’économie n’est pas l’ennemie de l’humanitaire, comme le dit M. Peter Maurer, je pense que certains secteurs de l’économie auxquels ce dernier est étroitement associé, avec l’accord des dirigeants du CICR, sont certainement les ennemis des victimes de la guerre que tentent de secourir les vrais humanitaires que sont les délégués du CICR. De conclure, comme le fait le président du CICR, «que le nombre de collaborateurs tués pourrait être plus élevé qu’il ne l’est dans un tel contexte» relève d’un incroyable cynisme!

Assumer une position critique à l’égard de l’actuelle gouvernance du CICR et de son président est une obligation morale et citoyenne, ce n’est pas le fait d’être un détracteur. (24 heures)

Créé: 20.12.2017, 10h20

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