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Pour combattre l'addiction aux écrans, il faut en parler

A l'occasion des «journées sans téléphone portable», Patrick Monay s'inquiète de la cyberdépendance qui se généralise.

Les journées sans téléphone portable ont pris fin jeudi. Vous n’aviez pas remarqué la différence? Dommage pour Phil Marso, l’écrivain français qui a eu l’idée en 2001 d’inviter le public à réfléchir à l’usage qu’il fait des smartphones. Pour la 18e édition, du 6 au 8 février, Marso a lancé un défi aux écoliers et collégiens de l’Hexagone: se passer de leur téléphone durant trois jours à l’école et tenter de s’amuser autrement à la récréation. Par exemple en faisant deviner à leurs camarades l’auteur de telle citation, le titre d’une série TV ou leur sport préféré. «Tu as réussi? Bravo! Tu peux partir en vacances sur une île déserte», concluait, non sans ironie, le descriptif du projet.

Cette initiative paraît bien dérisoire si l’on songe à la place qu’ont prise ces appareils dans nos vies ces dernières années. Dans les transports publics, dans la rue, tout le monde ou presque a le regard rivé à son écran. L’autre soir, j’ai vu une jeune femme, smartphone en main, heurter une dame sur le trottoir: elle n’a même pas levé les yeux pour s’excuser. Comme s’il était parfaitement normal de marcher sans prêter la moindre attention au monde extérieur.

L’utopie de Phil Marso a néanmoins le mérite de susciter un débat intéressant. Nécessaire, même. En s’adressant en priorité aux enfants et aux adolescents, l’auteur français interpelle une génération qui n’a pas connu la vie sans réseaux sociaux, sans forfait illimité, la vie sans connexion permanente. Il cherche aussi à interroger leurs parents. Nous autres, les adultes, qui sommes peu à peu gagnés par cette incroyable dépendance au téléphone portable. Comment encadrer nos enfants si nous-mêmes peinons à résister à la tentation numérique? La question mérite que l’on s’y arrête. Vous avez peut-être vu ce reportage de France 2, il y a quelques semaines, qui montrait un garçon de 4 ans incapable de s’endormir sans la tablette de sa maman. Effrayant.

Les spécialistes des addictions reçoivent toujours plus de parents désemparés, qui ne savent comment faire face à la cyberdépendance de leur progéniture. L’attirance obsessive, la peur de manquer une conversation sur WhatsApp, le manque de sommeil, les résultats scolaires qui dégringolent, la mauvaise humeur qui s’étend à toute la famille… Le mal est profond. Il touche plus fortement les garçons que les filles, si l’on en croit les observations des thérapeutes.

Preuve de la gravité du problème, l’Organisation mondiale de la santé vient d’inclure le «trouble du jeu vidéo» dans sa liste des maladies officiellement reconnues. Il se caractérise par «une priorité accrue accordée aux jeux numériques et par une pratique croissante, en dépit des répercussions dommageables». Au-delà de la prise de conscience, c’est donc un véritable problème de santé publique auquel il faut désormais s’attaquer. En soignant celles et ceux qui en souffrent et en déployant de gros efforts de sensibilisation auprès des malades potentiels. De tous âges.

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