Le con, c’est votre voisin, pas le politicien!

L'invitéMarc Muller souhaite donner envie à tout un chacun de se préoccuper du climat, du vivant, du monde qui l’entoure.

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Je suis écolo, je l’admets. Voir les ours blancs mourir sur leurs icebergs me fait pleurer, constater avec effroi la canicule inouïe en Australie me fait peur, savoir que les oiseaux ont disparu de nos champs me désespère. Pour supporter cette situation et admettre qu’elle ne change pas, il me faut un coupable. Rien de personnel, mais mon cerveau en a vraiment besoin pour trouver un équilibre. Ce coupable, les ONG, les manifestants, les écolos l’ont trouvé: les politiques. «Mais quels cons, ces politiques. Quand vont-ils enfin comprendre la situation?» Aaah! ça remonte le moral rien que de le dire.

Remonté au taquet, le 2 février, je descends dans la rue entouré de milliers de jeunes qui demandent, réclament, supplient: «A-R-R-Ê-T-E-Z de bousiller le climat, politiciens, réagissez!» On a bien gueulé, ça nous a fait du bien. Et puis le lendemain je vois ma famille et j’apprends qu’ils ont installé une nouvelle chaudière à mazout… juste après leur voyage en avion à l’autre bout de la planète. Tiens, prends ça dans les dents, l’écolo!

Je laisse passer une semaine pour digérer le choc, et nous voilà le soir des votations du 12 février, qu’apprends-je? Le parlement bernois a voté, à l’unanimité (oui, vous avez bien lu, zéro vote contre), une nouvelle loi sur l’énergie qui prévoit – dans la douceur, car c’est à long terme – d’arrêter d’installer des chaudières à mazout dans des maisons neuves. Mesure d’une évidence déconcertante… pourtant attaquée en référendum et éliminée en votation populaire.

Merde… pour les écolos. Vous imaginez? En fait, les cons, ce ne sont pas les politiciens… C’est mon voisin, probablement même ma famille. Mais alors, bon sang, c’est qui qu’on doit détester? Les politiques sont en avance sur les citoyens concernant la protection du climat. Et nous allons manifester avec des banderoles «Politiciens, changez». Elle est dure cette sentence. L’ours blanc meurt noyé et mon voisin s’en tape… en tout cas dans les urnes.

En fait, l’urgence n’est pas que climatique. Elle est d’abord narrative. Nous n’arrivons pas à nous raconter une histoire heureuse de l’avenir. Nous passons notre temps à décrire les catastrophes, partager des horreurs sur les réseaux sociaux et regarder des fictions de l’apocalypse. Les solutions existent pour l’éviter, mais nous ne réussissons pas à nous les raconter.

Voilà, mes amis écolos, ce qui doit nous préoccuper quotidiennement. Pas gueuler, crier, réclamer… mais faire envie. Abandonner les revendications et donner la flamme à mon voisin de se préoccuper du climat, du vivant, du monde qui l’entoure. Un tel projet se crée par l’exemplarité, la joie et la bonne humeur. Construisons ce monde ensemble, pas à pas, projet par projet, et surtout prenons la main de nos voisins pour leur montrer tout ce qu’ils ont à gagner à nous rejoindre. Je crois que je vais en parler dimanche au repas de famille. (24 heures)

Créé: 14.03.2019, 06h52

Marc Muller, ingénieur, spécialiste du développement durable.

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