Conflits autour d’une formation à la HEP Vaud

L'invitéRaphaël Rosa a participé aux journées de conférences consacrées aux événements de 1947-1948 en Palestine.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Malgré de fortes pressions, la Haute École pédagogique du canton de Vaud (HEP) a finalement pu proposer aux enseignants d’histoire une formation continue sur les événements qui se déroulèrent en 1947-1948 en Palestine et qui débouchèrent tant sur la création de l’État d’Israël que sur l’exode forcé de centaines de milliers de Palestiniens, posant les bases d’un conflit toujours d’actualité mais étonnamment absent du manuel d’histoire en usage dans les écoles vaudoises.

L’annonce de ces deux journées de conférences avait à l’automne suscité plusieurs plaintes contre un contenu jugé déséquilibré et propalestinien; une pétition lancée depuis par le Centre Simon-Wiesenthal n’a quant à elle pas hésité à évoquer une «campagne haineuse» et «antijuive».

«Son déroulement paisible et ouvert a confirmé la vanité des accusations qui l’avaient précédée»

Comment cette tentative de censure, dont l’outrance pourrait décrédibiliser l’indispensable travail de prévention contre l’antisémitisme de ses promoteurs, a-t-elle pu obtenir un certain écho et risquer d’entraîner l’annulation de cette formation stimulante, dont le déroulement paisible et ouvert a confirmé la vanité des accusations qui l’avaient précédée?

Ces dernières ont coïncidé avec l’irruption de nationalistes polonais lors d’un colloque consacré à la Shoah, à Paris, dans le but d’empêcher l’évocation du rôle de certains de leurs compatriotes dans le génocide nazi. Malgré des idéologies et des méthodes différentes, on constate un but similaire chez les nationalistes polonais et les détracteurs de ces journées de conférences de la HEP: promouvoir une mémoire manichéenne fédératrice et empêcher les historiens de la remettre en question, en les faisant taire ou en dénigrant leur personne, à défaut de convaincre sur le fond.

Attiser l'hostilité

Trois questions permettront peut-être de mettre en perspective le cas vaudois. Premièrement, parmi les causes susceptibles d’attiser l’hostilité envers Israël, quel est le poids de quelques historiens – d’ailleurs pour la plupart israéliens – empêcheurs de penser en rond, en regard de la politique de puissance de l’État hébreu et de l’indignation qu’elle provoque?

Deuxièmement, comment les jeunes pourraient-ils s’informer sur ce sujet, au cas où il deviendrait tabou à l’école, si ce n’est par le biais de médias qui apportent peu de réponses à leurs questions, ou par des recherches personnelles, le plus souvent sur internet, qui les exposent à des contenus partisans, voire dangereux?

Et finalement, quel parti les amateurs de théorie du complot pourront-ils tirer de cette regrettable polémique?

Les opposants à cette formation se trompent de cible et risquent d’alimenter ce contre quoi ils entendent lutter. Précisons qu’en 2018 la HEP avait organisé deux journées de formation continue sur la Shoah, qui n’avaient heureusement pas déclenché tant de passions. (24 heures)

Créé: 22.05.2019, 06h48

Raphaël Rosa, enseignant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.