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Le congé paternité, une option rétrograde?

René Knüsel réagit à la récente approbation par les Chambres d'un congé pour les nouveaux pères.

Les nouveaux pères de famille vont bénéficier d’un congé en Suisse, comme dans le reste de l’Europe. Malgré quelques esprits chagrins qui rechignent encore à cette perspective, le parlement fédéral s’est finalement décidé à soutenir cette idée, après des décennies d’attente et de nombreuses heures de débat.

Aux yeux des observateurs, cette décision a une portée plus symbolique que pratique. Les papas seront mis au bénéfice de deux semaines de congé, améliorant la situation actuelle des moins bien lotis.

Le choix parlementaire s’est, sans surprise, orienté vers la proposition la moins favorable aux jeunes familles. Le coût de cette mesure est contenu, puisque l’Administration fédérale l’estime à quelque 200 millions de francs, imputés à l’assurance pour perte de gains. Le financement se fera par une petite adaptation des cotisations. Cette solution a déjà été testée avec succès pour l’assurance maternité. Elle montre que ces mesures sont financièrement supportables pour l’économie.

Elles lui sont surtout indirectement bénéfiques, puisqu’elles rendent plus conciliables, pour les familles, emploi et vie privée. Elles constituent un investissement social, comme l’ont bien compris tous les autres pays d’Europe. Elles n’entravent en rien la compétitivité des entreprises dès lors que ces charges existent déjà ailleurs.

«Cette mesure ne comble pas le retard que la Suisse a pris dans le domaine des politiques familiales»

Les observateurs ont relevé à juste titre que cette mesure, timide dans son ambition, ne comble pas le retard que la Suisse a pris dans le domaine des politiques familiales. La durée du congé est courte. Par ailleurs, la formule du congé parental eût été préférable dès lors qu’elle ne vise pas seulement une indemnisation, mais offre une impulsion à une meilleure répartition des rôles au sein du ménage.

L’option retenue ne permet pas d’atteindre cet objectif, pourtant si important tant pour notre société que pour les entreprises. En ce sens, ce compromis est certes, financièrement parlant, peu coûteux, mais il ne modifie guère le dilemme des parents face à leur engagement professionnel, à un moment où l’économie manquera cruellement de bras.

Il faut tout de même reconnaître à la solution retenue la vertu d’ouvrir la voie à un débat démocratique, dès lors que, selon toute vraisemblance, l’initiative de Travail.Suisse demandant un congé de quatre semaines sera soumise prochainement en votation populaire. Le citoyen n’aura pas à arbitrer un marché de dupes, dans lequel les voix contraires s’annulent par l’addition des votes des opposants et des partisans d’un projet plus développé. La discussion publique pourra alors réellement porter sur un projet social, pas forcément ambitieux, mais qui pourrait enfin offrir un véritable contenu aux politiques familiales suisses si embryonnaires en comparaison internationale.

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