Consommateurs sans lobby, mais avec droit de vote

L'invitéeYvette Jaggi souhaite davantage d'élus à Berne engagés en faveur de la défense des intérêts des acheteurs et usagers.

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L’approche des élections nationales ranime la curiosité pour le lobbying parlementaire, particulièrement actif de la part des banques et des compagnies d’assurances, ainsi que d’entreprises actives dans l’industrie chimique, la fourniture d’énergie et les télécommunications. En revanche, il n’existe aucun lobby pour l’information et la défense des consommateurs. Et pour cause: leurs intérêts, en leurs différentes qualités d’acheteurs de biens commercialisés et d’usagers de services publics et privés, sont trop généraux pour donner prise aux interventions ciblées d’un groupe de pression.

La défense des intérêts des consommateurs peine à trouver de larges majorités

Puisque tous les membres d’un parlement de milice sont des consommateurs, ils devraient voter des lois favorables à ceux qui représentent par définition la plus faible partie d’un contrat, qu’il soit de vente, d’assurance ou de bail. Mais ces mêmes miliciens, qui exercent en principe aussi une activité professionnelle, s’intéressent spontanément davantage à leurs sources de revenus qu’à leurs occasions de dépenses. Cette préférence représente un solide levier pour l’action des lobbies qui n’hésitent pas à rémunérer l’appui escompté des parlementaires, en particulier de ceux qui siègent dans les commissions où se préparent les débats qui auront lieu en séance plénière. Le dépouillement des votes au Conseil national manifeste l’effet des interventions des groupes de pression, qui recourent désormais volontiers aux services d’agences spécialisées, histoire de ne pas apparaître directement sur le front.

À défaut de lobby, les organisations de consommateurs pourraient disposer, comme celles des salariés, de représentants ès qualités aux Chambres fédérales. Mais elles préfèrent ne pas afficher de préférence partisane, dans l’espoir de ratisser large. L’unique et brève exception historique s’est produite dans les années 80 du siècle dernier, époque où je siégeais au Conseil national. Années fastes où la protection des consommateurs (1981), la surveillance des prix (1982) et la protection des locataires (1986) firent leur entrée dans la Constitution fédérale, effet d’initiatives populaires pour lesquelles nous avions durement combattu. À chaque fois, la loi d’application a mis plusieurs années à passer le cap des Chambres.

Aujourd’hui encore, la défense des intérêts des consommateurs peine à trouver de larges majorités. Sur quarante objets les concernant directement et soumis au vote des conseillers nationaux romands au cours de la législature qui s’achève, les élus socialistes et les Verts se sont prononcés dans 86% des cas en faveur des consommateurs. Les démocrates-chrétiens et les Vert’libéraux atteignent des scores centristes de 52% et 44%. Les élus du PLR (24,8% en moyenne) et ceux de l’UDC (21,6%) se tiennent à distance.

Les lobbies préparent déjà leurs listes pour la prochaine législature et désigneront les parlementaires dignes de leur appui. Aux citoyens-consommateurs d’en faire autant de leur côté.

Créé: 10.10.2019, 07h18

Yvette Jaggi, ancienne directrice de la FRC et ancienne parlementaire.

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