Entre contrainte libérale et contrainte sociale, que choisir?

L'invitéRené Knüsel scrute les mécanismes gérant le marché du logement et le domaine des soins.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le marché du logement, même s’il fait l’objet d’une surveillance, est le prototype d’une contrainte libérale. Il fonctionne selon les règles de l’offre et de la demande tout en positionnant le bailleur et le locataire dans une relation asymétrique: le locataire doit se loger.

Par ailleurs, moins l’offre de logements est abondante et plus les contraintes sur le locataire sont fortes. Cela signifie notamment que le locataire doit consacrer une partie toujours plus conséquente de son budget pour se loger. La hausse des loyers, certes en partie contrôlée, a pour conséquence collatérale la quête d’un salaire adapté, donc plus important. Aujourd’hui, ce sont bien souvent deux salaires qui sont alors nécessaires.

La hausse des loyers est un problème généralisé, du moins en Europe. Le loyer étant une dépense obligatoire, sa hausse continue constitue une contrainte de laquelle le citoyen ne peut s’abstraire. C’est en particulier une des raisons de l’interventionnisme étatique. Le problème ne réside pas dans l’absence de marché; c’est le marché qui est le problème.

Le domaine du soin réagit de façon similaire, en raison d’une contrainte de nature sociale. L’option de s’assurer ou pas n’existe plus en Suisse depuis 1996. C’est une première forme de contrainte, sans être la plus importante. Un choix de prestations qui serait fonction du coût n’est pas à la portée du patient. Il ne l’est pas plus pour le professionnel, la tarification des actes étant prescrite.

Considérations économiques

Alors que la multiplication des prestations est possible pour le praticien, le choix du patient ne réside que dans l’acte de consommer ou non. Il peut en découler un recours aux soins moins déterminé par le besoin que par des considérations économiques.

«Pour les uns, seules les lois du marché pourraient assurer une baisse des prix, pour les autres, la libéralisation s’est régulièrement traduite par une hausse»

Deux études ont montré, à Lausanne et à Genève, l’importance prise par le non-recours aux prestations pour des questions financières. Il est probable que cette retenue volontaire du patient est plus répandue dans la population en raison des franchises en particulier.

Le parallèle entre les soins et le logement est intéressant à mener plus avant. Malgré leurs différences, ces deux marchés opposent, dans la rhétorique, des acteurs qui prétendent que leur dysfonctionnement serait dû à l’interventionnisme étatique, alors que les autres affirment le leurre de la libre concurrence. Pour les uns, seules les lois du marché pourraient assurer une baisse des prix, alors que, pour les autres, la libéralisation s’est régulièrement traduite par une hausse.

Les expériences montrent pourtant qu’une étatisation comme une libéralisation complètes ne sont pas envisageables. La solution optimale réside dans un interventionnisme éclairé, seul en mesure de garantir l’accès à ces biens, essentiels pour la cohésion sociale.

Créé: 04.02.2020, 06h44

René Knüsel, politologue.

Articles en relation

Le texte de l’Asloca révèle l’épineux paradoxe de l’immobilier

Votations fédérales Les villes saturent mais on construit à la campagne. La crise du logement s’avère bien plus complexe qu’il n’y paraît. Plus...

Initiative sur le logement: les solutions au problème doivent être locales

L'invité Olivier Feller s'oppose à l'initiative populaire «Davantage de logements abordables». Plus...

Trouver un appartement à prix abordable, une gageure

L'invité René Knüsel analyse la problématique du logement et y observe un sacré paradoxe. Plus...

«Cette initiative deviendra vite une source de gros problèmes»

Marché du logement La bataille est lancée autour de l’initiative «Pour davantage de logements abordables». Interview d'Olivier Feller (PLR/VD). Plus...

«Il faut arrêter de prendre les locataires pour des idiots!»

Marché du logement La bataille est lancée autour de l’initiative «Pour davantage de logements abordables». Interview de Carlo Sommaruga (PS/GE). Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.