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Les cornes des vaches font honneur à la démocratie

Patrick Monay commente commente la prochaine votation relative aux bovins et chèvres.

Vous l’avez peut-être remarqué dans votre entourage: l’initiative sur les vaches à cornes alimente davantage les conversations que celle sur la primauté du droit suisse. Même la surveillance accrue des assurés, troisième objet soumis à votation le 25 novembre, peine à se faire une place dans les discussions entre amis. Rien à faire, c’est le sort réservé aux bovins qui semble fasciner le commun des mortels.

Le fond du problème prête à sourire. La grande majorité des vaches n’a pas de cornes en Suisse. Pour les uns, c’est une atteinte à la dignité de l’animal et une manière mesquine de rationaliser les conditions de détention des bêtes. Pour les autres, l’écornage permet efficacement d’éviter les blessures dans les troupeaux – voire parmi les promeneurs qui arpentent les alpages. Qui plus est, la pratique ne serait absolument pas douloureuse.

«Le pays du folklore alpestre est aussi celui de la démocratie directe et du droit d’initiative»

C’est pourtant la forme qui prend le dessus dans les débats informels. De Genève à Romanshorn, on n’en finit pas de s’interroger sur l’opportunité d’un tel scrutin. Sur la scène médiatique, le buzz devient même mondial. Comment diable les Suisses peuvent-ils voter sur les cornes des vaches alors que la planète se meurt?

Cette semaine encore, on a appris que 60% des mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens avaient disparu en moins de cinquante ans. Et que la Chine s’apprêtait à réautoriser la vente d’os de tigre et de cornes de rhinocéros! Le pays de Heidi ne serait-il pas en train de se ridiculiser en se préoccupant du bien-être des bovidés?

À mon sens, la réponse est non. Le pays du folklore alpestre est aussi celui de la démocratie directe et du droit d’initiative. Celle que le dénommé Armin Capaul est parvenu à faire aboutir en constitue une parfaite illustration. Fermement opposé à l’écornage, ce paysan a commencé par alerter l’Office fédéral de l’agriculture, le gouvernement, puis des parlementaires. Il a fait circuler une pétition pour appuyer sa revendication En pure perte.

L'exploit de réunir les signatures

L’éleveur a donc décidé, en dernier recours et malgré les sarcasmes, de lancer une initiative populaire. Il l’a fait sans le moindre appui politique. Mais avec une habileté certaine: au lieu d’exiger l’interdiction de l’écornage, il a suggéré que la Confédération accorde un coup de pouce financier aux professionnels qui choisissent de s’en passer. Grâce à l’aide de sa femme et de ses enfants, il a réuni les 100'000 paraphes nécessaires. À lui seul, cet exploit force le respect.

Le peuple aura donc le dernier mot. Et si l’on en croit les sondages, Armin Capaul a de bonnes chances de réussir son pari. Les vaches comme symbole de l’identité suisse, élan romantique des citadins ou ignorance crasse de leur part: on peut gloser à l’envi sur les raisons qui pousseront des centaines de milliers de Suisses à approuver le texte. Le fait est que cette proposition a priori saugrenue a gagné sa légitimité politique. Et si le débat s’enflamme aujourd’hui, notamment dans les milieux agricoles, c’est tant mieux pour la démocratie.

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