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Coronavirus: le sauve-qui-peut ou la solidarité?

Daniel Marguerat rappelle l'importance de cultiver l’entraide, de tisser des fils entre les gens et les générations durant cette crise.

Le tsunami nous a atteints. Tant que le coronavirus frappait une province de Chine dont personne ne connaissait le nom auparavant, il passait pour un phénomène exotique. Il submerge aujourd’hui le monde entier. Après le réchauffement climatique, un second danger nous apprend que personne n’est à l’abri sur cette Terre. Le terme pudique de pandémie fait apparaître notre commune vulnérabilité. La planète bleue est un grand bateau sur lequel nul ne peut se mettre à l’abri. Même Terre, même humanité, même destin.

Mais qu’est-ce qui est aujourd’hui le plus contagieux: le virus ou l’angoisse? Qu’est-ce qui va nous sauver: le repli sur soi ou la solidarité? Les mesures sanitaires ordonnées par les gouvernements visent à freiner l’épidémie: fermer les écoles, les lieux publics, les frontières. Elles sont indispensables. Mais la distance prescrite entre nous (deux mètres!) met à mal nos relations. Ma question: qu’est-ce que cette situation de guerre fait de nous? Que devenons-nous dans cet isolement imposé?

À l’image des rayons de supermarché dévalisés, je préfère celle des Italiens chantant l’hymne national, tous ensemble à leurs fenêtres. À la razzia sur les raviolis en boîtes, je préfère les Genevois applaudissant leurs soignants. Au chacun pour soi, je préfère les initiatives pour soutenir les aînés à domicile ou aider la prise en charge des enfants.

«Nous serons sauvés ensemble, ou personne ne le sera»

Hier, les jeunes défilaient dans la rue en demandant à leurs aînés: aidez-nous à sauver la planète. Aujourd’hui, ce sont les aînés qui demandent aux jeunes: aidez-nous à rester en vie. Nous serons sauvés ensemble, ou personne ne le sera. Ce n’est pas à jouer les uns contre les autres, ou jouer seul, que nous sortirons indemnes de ce drame.

Les associations culturelles ou les Églises, privées d’activité, pourraient être ces lieux où l’on favorise la recherche de solidarités communautaires. Elles pourraient être ces lieux où l’on cultive l’entraide, où l’on tisse des fils entre les gens et les générations. Respecter les distances convenues ne signifie pas encore oublier ses prochains. Plus que jamais, il s’avère que sur cette Terre, nous sommes confiés les uns aux autres.

On raconte l’histoire de ce Chinois qu’un sage a emmené visiter l’enfer. Il le conduit devant une grande porte. Quand notre homme pousse la porte, il entre dans une salle à manger. Une immense table, très longue, avec de chaque côté une rangée de convives. Mais ces convives se lamentent et gémissent, parce qu’ils ont chacun devant eux une assiette de riz mais sont pourvus d’une fourchette d’un mètre de long. Comment manger avec une fourchette d’un mètre de long?

Puis le sage emmène notre homme au paradis. Quand il pousse la porte, il entre dans une grande salle à manger avec une immense table, très longue, et de chaque côté une rangée de convives. Mais tout le monde est heureux et tout le monde mange son assiette de riz, car chacun, avec sa fourchette, nourrit son voisin d’en face, qui le nourrit à son tour.

L’imagination pour transformer l’enfer en paradis? Pourquoi pas?

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