La crise des gilets jaunes a déterré la question sociale

La rédactionXavier Alonso estime que la crise des «gilets jaunes» remet dans l'actualité des thématiques que les années Hollande et Sarkozy avaient éclipsé.

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Le vieux monde n’a jamais été aussi présent dans l’actualité française. Vingt mois après l’élection d’Emmanuel Macron qui devait signer l’enterrement définitif de la vieille politique, des baronnies et des reculades face à l’urgence de réformer la France, le pays s’est scindé comme au bon vieux temps de la guerre froide. Les riches contre les pauvres; les nantis contre les gens de rien; les gagnants contre les perdants de la mondialisation. Les années Nicolas Sarkozy ont été celles de l’identité. Celles de François Hollande ont été marquées par le terrorisme et le sentiment de relégation d’un pays qui se désespérait d’un président qui habitait si peu son costume élyséen. Le dégagisme dont a profité Emmanuel Macron n’a pas été si complet qu’on pouvait le constater. Passée sous le radar, la question sociale a persisté et réapparaît tandis que les appareils de parti sont, eux, laminés en effet.

Les deux partis de l’alternance historique française, le PS et Les Républicains (ex-UMP), sont bel et bien un champ de ruines. Les sondages publiés ces jours sur les intentions de vote pour les Européennes du 26 mai créditent le PS de 4% et Les Républicains de 10%. C’est incroyablement bas. Le PS, qui détenait les deux Chambres et une majorité de villes entre 2012 et 2017, est quasi au niveau du Parti communiste (2,5%) et derrière la France insoumise (9,5%), Debout la France (7,5%) et Les Verts (6,5%).

En tête de ces sondages, La République en marche!, malgré la chute de popularité d’Emmanuel Macron, vire tout de même en tête avec 23% d’intentions de vote et le Rassemblement national (RN) suit avec 18,5%. Dans la confusion actuelle – quel est le soutien réel des «gilets jaunes»? –, ces chiffres sont pour l’instant les seuls indicateurs disponibles. Dès lors, le fait de voir une hypothétique liste «gilets jaunes» recueillir plus de 7% des intentions de vote peut surprendre. Car personne ne peut estimer quel sera le programme de ce mouvement, si ce n’est un appel à vivre mieux, retrouver du pouvoir d’achat.

La crise des «gilets jaunes» se lit dès lors comme l’échec d’Emmanuel Macron qui avait été élu aussi sur ces questions. Il devait remettre en marche la France, ce qui pour le citoyen lambda signifie baisser le chômage, créer de l’emploi, redonner du lustre à l’économie nationale. C’était le «en même temps» qui devait profiter autant à la grandeur de la France qu’au porte-monnaie du Français. Tous deux illustrent le besoin de protection. Ce sont surtout des valeurs pour ceux pour qui le travail et le pouvoir d’achat sont des préoccupations légitimes dépassant les bisbilles institutionnelles de la représentativité parlementaire faussée ou de la possibilité référendaire.

Mais le «en même temps» de Macron a débuté par une ponction des retraites et des petits salaires. Manière pour le gouvernement français de se donner de l’air fiscalement afin de retenir ces fameux capitaux qui fuient le pays. Le retour de bâton a été immédiat. L’attractivité de la France ne peut se construire uniquement par le haut, c’est ce que la France d’en bas fait savoir depuis deux mois.

Créé: 18.01.2019, 07h39

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Xavier Alonso, rédacteur en chef adjoint de la rédaction Tamedia.

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