Après la crise, rien ne sera plus comme avant... Vraiment?

La rédactionAlain Rebetez observe de Paris les bouleversements produits par le coronavirus.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Nous sommes en guerre!» Ces mots lâchés et répétés par le président Emmanuel Macron lors de son allocution de lundi sur le coronavirus étaient frappants. En guerre… Imaginez un tel propos dans la bouche de Simonetta Sommaruga ou de tout autre président de la Confédération. Impossible. Cela montre à quel point ce mot – la guerre – vibre d’un sens différent dans les deux pays.

La Suisse n’a plus connu de guerre depuis 173 ans, presque sept générations: c’est pour elle une réalité étrangère, dans tous les sens du terme. Pendant la même période, la France a connu trois invasions sur son territoire, deux guerres mondiales, et elle a conduit ou participé à plus de 35 guerres, campagnes, expéditions ou opérations à l’étranger. Pour un esprit français, la guerre est une réalité. Pas forcément intime, mais constante, et quand le président Macron l’invoque pour mobiliser l’union nationale, il déploie un sens que tout le monde partage.

Cela dit, guerre ou pas, l’épidémie du coronavirus est une catastrophe dont le bilan planétaire se soldera en morts par dizaines de milliers, et en dévastation économique par milliers de milliards. Nous vivons tous quelque chose que nous n’avons jamais vécu, un bouleversement dont on perçoit seulement le début et qui nourrit chez beaucoup une conviction: cette crise ne nous laissera pas indemnes, nous en sortirons différents que nous y sommes entrés.

Vraiment? Au début de la crise, quand elle donnait l’illusion d’être confinée en Chine, le procès de la mondialisation s’est imposé. L’interdépendance abusive des modes de production, la dictature du flux tendu, l’inanité des transports internationaux. Les libéraux faisaient profil bas, ils prenaient des mines contrites et assuraient qu’il faudrait en tirer les leçons.

Maintenant que nous sommes tous frappés, que les entreprises ferment et que nous vivons de manière forcée un gigantesque exercice de décroissance, les sourires contraints changent de camp. Ah bon, c’est ça la décroissance? Non, pas vraiment. Mais si, quand même un peu. Il y a une facture sociale qui peut être salée.

De même, pour confiner la contagion, l’extrême droite a exigé la fermeture des frontières au début de la crise. «Ridicule, absurde, le virus n’a pas de passeport», ont moqué les tenants de la liberté… avant de s’y résoudre quelques semaines plus tard.

Et enfin qu’allons-nous découvrir, enfermés chez nous les uns sur les autres? Que la privation des liens sociaux est une amputation? Ou que l’être humain, privé de ses espaces de solitude, est un être insupportable?

Peut-être changerons-nous et tirerons les leçons de cette crise, je n’en sais rien. Mais, face à cette catastrophe inédite qui nous tombe sur la tête, j’ai l’impression que nous réagissons comme toujours l’homme réagit: plongeant les yeux vers nos entrailles, en aruspices, nous tentons de déchiffrer ce que nos angoisses et nos convictions nous dictent.

Créé: 20.03.2020, 06h43

Alain Rebetez, correspondant à Paris.

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.