Déconstruisons les mythes sur les violences sexuelles

L'invitéeManon Schick rappelle que les agressions contre les femmes ont lieu bien plus souvent dans une maison que dans une forêt sombre.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quand j’étais adolescente, une de mes camarades de classe avait subi une agression sexuelle dans les toilettes d’un supermarché. Elle était tétanisée de peur et ne s’était pas défendue, c’est une cliente qui avait mis l’agresseur en fuite. Mes copines et moi avions alors suivi des cours de self-défense et appris à crier et à frapper un agresseur potentiel qui nous poursuivrait au coin d’un bois le soir ou dans les WC publics.

Ce qui est arrivé à ma camarade se produit en fait rarement et a participé à construire ma représentation faussée sur les agressions sexuelles contre les femmes. Dans les faits, les femmes connaissent généralement leur agresseur, et l’agression a lieu bien plus souvent dans une maison que dans une forêt sombre. Mais on apprend rarement aux jeunes filles à se défendre contre un homme qu’elles connaissent. Et on apprend encore moins aux garçons que la base de toute relation sexuelle doit être le consentement mutuel.

Le parlement fédéral a ratifié la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique. Celle-ci est entrée en vigueur il y a un an en Suisse et prévoit que les États doivent prévenir et combattre toutes les formes de violence à l’égard des femmes, car cette violence «est une manifestation des rapports de force historiquement inégaux entre les femmes et les hommes, ayant conduit à la domination et à la discrimination des femmes par les hommes, privant ainsi les femmes de leur pleine émancipation.»

La prévention des violences sexuelles, la poursuite et la condamnation des auteurs de viols, la sensibilisation à la question du consentement: toutes ces questions relèvent de la responsabilité des États. La violence à l’égard des femmes n’est pas une question privée. Les femmes doivent pouvoir se sentir en sécurité dans l’espace public aussi bien que dans leur chambre à coucher. Et si elles sont victimes de violences, elles doivent pouvoir s’adresser à la police et à la justice sans que la société rejette la faute sur leur habillement ou leur comportement. La violence sexuelle à l’égard des femmes est largement sous-estimée. L’Europe a mené des enquêtes, mais très peu de statistiques sont disponibles à ce sujet dans notre pays. C’est pourquoi Amnesty International lance aujourd’hui une campagne contre les violences sexuelles en Suisse.

Les mythes ont parfois la vie dure, mais ils peuvent être combattus, et je suis persuadée qu’une immense majorité des femmes et des hommes de ce pays souhaitent une société dans laquelle le consentement mutuel constitue la base de nos relations.

Seul un oui est un oui. Sinon, c’est non.

Créé: 21.05.2019, 06h40

Manon Schick, directrice d'Amnesty International Suisse.

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.