Un désir de Pierre Maudet

Conseil fédéralLe Conseiller d'Etat genevois a séduit la Suisse alémanique. Il souffle comme un vent favorable à désigner un ministre solide, à poigne et au savoir faire qui impressionne.

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La surprise de la course au Conseil fédéral, c’est Pierre Maudet. Pour les Alémaniques, je m’empresse de le préciser. Car en Suisse romande, nous savons depuis au moins dix ans qu’à Genève, dans la ville de Calvin, du CICR, de l’ONU et de la banque privée, un politicien nommé Pierre Maudet brille dans le costume de l’homme d’Etat.

La Suisse alémanique a donc découvert un «outsider» décomplexé, le ton juste, jamais professoral, mettant le doigt là où ça fait mal, esquissant les contours de réponses possibles et souhaitables aux grands problèmes du moment. Un politicien à la tête froide, captant avec acuité la méfiance généralisée envers les élites.

Alors que la course au Conseil fédéral pousse les prétendants à polir leur profil et à cultiver l’approximatif passe-partout pour rallier le plus grand nombre de soutiens, Maudet a eu le culot de faire le pari inverse. C’est en assumant ses valeurs et un programme de centre droit modéré, libéral, moderne et fédérateur qu’il a marqué des points. Et réussi à s’inviter sur le ticket que le PLR proposera à l’Assemblée fédérale.

«Cette séquence d’incertitude bouscule l’habitude helvétique de miser de préférence sur des ministres à bas profil, ou carrément fuyants»

Homme d’action plutôt qu’idéologue, il a ses convictions, un incroyable savoir-faire, de l’énergie, beaucoup de plaisir et de courage à décider. Il a des idées claires et les défend en démocrate respectueux des rouages du système helvétique. Bien sûr, il a aussi des ennemis – qui n’en a pas? On le dit arrogant, trop sûr de lui, autoritaire… Méfiance, il y a de la jalousie dans ces reproches typiquement adressés à ceux dont la tête dépasse la mêlée.

Il ne s’agit pas d’élever Pierre Maudet au rang de héros, de champion, d’icône. Juste de souligner que son talent est hors norme. Il est heureux que la Suisse alémanique se soit entichée de ce «candidat de programme», «de contenu», à la culture politique si éloignée du pragmatisme gestionnaire, le standard minimaliste choyé outre-Sarine. C’est un fait spectaculaire.

Europe, immigration, sécurité, risques monétaires, marchés planétaires, révolution digitale, instabilité géopolitique: la Suisse n’est pas épargnée par les convulsions du monde global. Dans ce contexte troublé, le Conseil fédéral donne l’impression d’avancer tel un navire sans quille ni gouvernail. Les blocages au parlement se multiplient et inquiètent. Cette séquence d’incertitude bouscule l’habitude helvétique de miser sur des ministres à bas profil. On pressent que des ministres fuyants, c’est insuffisant. On devine un désir souterrain de gouvernants solides, à la détermination granitique. Des ministres capables de prendre des risques et de les assumer devant la population. Un désir de Pierre Maudet, le candidat à poigne du PLR.

Créé: 02.09.2017, 21h51

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