Didier Burkhalter, partout sauf à Berne et à Bruxelles

La RédactionJudith Mayencourt, cheffe de la rubrique Suisse, s'interroge sur le rêve onusien que les médias prêtent au conseiller fédéral.

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Une double présidence en 2014, un possible Prix Nobel de la paix comme président de l’OSCE, et bientôt peut-être un poste plus prestigieux encore: le secrétariat général des Nations Unies. Ce pourrait être le fabuleux destin de Didier Burkhalter, devenu depuis son arrivée au Département fédéral des affaires étrangères le conseiller fédéral chouchou des Suisses.

Après des semaines de rumeurs bernoises, le projet – le rêve, le fantasme, la folie – est désormais révélé au grand public. Le Blick en a fait ses gros titres samedi. Et lundi, le principal intéressé n’a pas démenti la rumeur, tout au contraire. Dans une interview accordée à la Schweizer Illustrierte, le Neuchâtelois a joué les faux modestes. «Ce n’est jamais le poste, mais la possibilité de faire quelque chose qui me stimule, confessait-il. Dans le monde actuel, je trouve important de s’engager pour la paix et la sécurité, peu importe la fonction.»

Le non-démenti ressemble étrangement à une confirmation. Et voilà la Suisse qui se plaît à rêver d’un honneur suprême: présider au destin des Nations Unies, porter haut la flamme de la concorde et l’art du compromis qui fondent notre pays. Diable! On pèse et on soupèse les chances d’une candidature suisse alors que le poste obéit à un savant tournus entre les régions du monde, pondéré par les jeux d’influence des grands décideurs.

«Ce rêve onusien est-il compatible avec la mission de conseiller fédéral?»

Plaire aux uns, sans déplaire aux autres… Le Temps fait déjà de Didier Burkhalter un possible plan C dans le jeu de cartes onusien. Dans les cercles autorisés, on met en avant l’image impeccable du Neuchâtelois durant la présidence de l’OSCE. Nettement plus acerbe, la Basler Zeitung ironise, elle, sur la faculté d’adaptation du Neuchâtelois, roi des métaphores brumeuses, au langage diplomatique mondial.

Pour flatteuse qu’elle puisse être, la possible candidature onusienne de Didier Burkhalter, à laquelle travaillerait son département, pose de nombreuses questions et appelle de sérieuses réserves. Ce rêve onusien est-il compatible avec la mission de conseiller fédéral?

S’il veut se poser en forgeur de paix, Didier Burkhalter pourrait aussi se soucier de cette guerre larvée qui menace les relations avec l’Union européenne. Battre le terrain, ici, pour faire reculer les peurs et la méfiance. Arpenter le pavé bruxellois pour faire comprendre l’impact de la libre circulation en Suisse. Trouver une issue à la crise des bilatérales, c’est pourtant bien ce qui devrait se trouver à la première ligne de son agenda.

Publié il y a quelques jours, le rapport de politique étrangère se félicitait d’avoir fait progresser durant la législature les relations avec l’Europe. Une leçon d’autoglorification qui aurait pu faire rire si la situation n’était pas si préoccupante.

Créé: 26.03.2015, 15h51

Judith Mayencourt (Image: DR )

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