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Ne pas faire disparaître une partie de ce qui a fait ce pays

Jean-Louis Goël, paysan de 82 ans et ancien député, l'affirme: il faut refuser «No Billag».

J’ai 82 ans, je suis agriculteur et j’ai été député UDC au Grand Conseil vaudois (à une époque lointaine où ce parti se préoccupait essentiellement de défendre le monde paysan). Les hasards de la vie ont fait que j’ai participé récemment à un film documentaire réalisé par mon fils Stéphane Goël.

Ces Fragments du paradis* ont été vu par plus de dix mille spectateurs dans les salles de cinéma et par des centaines de milliers lors de leur diffusion sur les trois chaînes de télévision (RTS, SRF, RSI) en Suisse et sur TV5 Monde et 3Sat. Les nombreux et émouvants témoignages que j’ai reçus – et que je continue de recevoir – me montrent comment ce film a touché le cœur des gens.

Plusieurs séquences ont été filmées dans le vallon des Morteys où se trouvent les pâturages dans lesquels les génisses de notre famille passent l’été. Grâce à ce documentaire de nombreuses personnes ont découvert la beauté majestueuse de cette vallée des Préalpes fribourgeoises qui, pour moi, incarne le paradis terrestre. Ce film pourtant n’aurait jamais pu voir le jour sans l’aide de la SSR, comme d’autres merveilles tel qu’Hiver nomade ou Romans d’ados – des œuvres qui parlent si bien de chez nous et qui touchent un public dans le monde entier.

Si l’on supprime la redevance en votant pour l’initiative «No Billag» on fait disparaître les films de ce genre. On tue un artisanat, celui du documentaire. On efface des écrans et du regard des gens la représentation d’un monde – le nôtre. Qui parlera de la réalité du monde paysan ou ouvrier? Qui s’intéressera aux petites gens de chez nous? Qui témoignera de nos difficultés, mais aussi de nos joies? Qui nous permettra de nous rendre compte de ce qui nous unit malgré nos différences? Qui racontera la beauté de nos paysages et le quotidien de ceux qui travaillent pour les entretenir? Qui nous tendra un miroir?

On nous propose de payer 1 franc par jour et par ménage pour conserver tout cela et bien plus encore. Le tiers d’un café, le septième d’un paquet de cigarette. Je suis un retraité et ça ne me pose aucun problème. Ce qui me pose un problème par contre, ce serait de faire disparaître presque toutes les chaînes de radio et de télévision publiques et privées en Suisse (chez nous la radio est allumée en permanence et même les vaches écoutent Option Musique).

De faire disparaître les Schubertiades, Athletissima ou le Tour de Romandie. De faire disparaître une partie de ce qui a fait de ce pays mon pays. Je suis désespéré à l’idée que ce projet destructeur puisse être accepté. J’ai 82 ans, mais je ne suis pas dupe. Je sais bien qu’après la redevance, les initiants s’en prendront à la culture, à l’éducation, voire à l’agriculture. Ce n’est pas le pays dont je rêve pour mes petits-enfants.

*Rediffusé le 6 février à 21 h sur RTS2

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