Disparition du «Matin» imprimé et droit de savoir

L'invitéDaniel Cornu rappelle les missions des quotidiens.

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L’annonce de la disparition de l’édition imprimée du «Matin» n’a surpris personne dans le milieu des médias. Elle a choqué alentour. Les pertes d’emploi restent lourdes. Dès fin juillet, le journal devient exclusivement numérique, accessible sur les écrans des ordinateurs, des tablettes, des téléphones portables surtout.

Cette migration conduit à revenir sur quelques fondements. La mission essentielle des médias d’information en démocratie est de répondre au droit de savoir du public. Un premier registre concerne le corps des citoyens, le «noyau dur» des gens qui jouissent des droits politiques. Le rôle des médias, et pas seulement du service public, est de diffuser une information relevant d’un savoir commun, capable de nourrir le débat démocratique: le fonctionnement des institutions, les décisions du parlement, les actes du gouvernement, incluant leurs dysfonctionnements et défaillances.

«Le Matin» imprimé a cherché à se distinguer en parlant de sujets que la plupart des autres journaux ignorent»

Sur ce premier registre, l’ultime formule du «Matin» ne s’illustre guère par une participation active et régulière à la construction d’un savoir civique commun. Une telle prétention n’est pourtant pas absente de l’histoire de ce quotidien. Son ancêtre «La Tribune de Lausanne» a connu de belles heures citoyennes. Bureaux régionaux très présents, excellents correspondants à Berne. Le souvenir reste des années 1969-1972, quand Jean Dumur en était le rédacteur en chef.

Le droit de savoir porte donc en priorité sur une information au service de la démocratie. De manière non moins légitime, il s’étend au-delà, sur un deuxième registre. Chaque membre du public au sens large, citoyen ou résident, attend des médias qu’ils l’aident à se situer dans son propre environnement. Il requiert une information qui lui soit utile. Chacun entend exercer un «droit de savoir» sur les domaines qui l’intéressent directement.

Or, la recherche d’une information utile s’est déplacée. Elle s’opère sur les réseaux sociaux. Elle y trouve de plus en plus de réponses, mais échappant ordinairement à toute élaboration journalistique visant à les vérifier et les partager.

Un traitement décalé

«Le Matin» imprimé a cherché à se distinguer en apportant de l’insolite, en offrant un traitement décalé, en parlant de sujets que la plupart des autres journaux ignorent. Par tradition ancienne remontant à «La Tribune de Lausanne», il a toujours accordé au sport un espace étendu et visible. Dans l’ensemble, ces objectifs devraient être reconduits dans la version sur le Net.

Sur ce deuxième registre, le maintien d’une offre pluraliste en termes d’information, et non seulement d’opinion, est la condition générale d’une réponse au droit de savoir de la population. Ce pluralisme, les disparitions de titres, les regroupements et les concentrations le menacent. L’enjeu de la mutation du «Matin» est de savoir, dans un contexte lémanique déjà densifié, comment il jouera sa partition en mode numérique. (24 heures)

Créé: 12.06.2018, 15h47

Daniel Cornu, médiateur de Tamedia Publications romandes.

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