Pour donner un peu d’air aux médias, il faut sauver l’ATS

La rédactionPatrick Monay explique en quoi l'Agence télégraphique suisse est si importante.

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Greenpeace et deux autres associations opposées à l’énergie nucléaire critiquent des révisions d’ordonnances envisagées par le Conseil fédéral. Elles craignent un relèvement de la dose radioactive à laquelle la population pourrait être théoriquement soumise. Ce serait une manière «d’éviter la fermeture de la centrale de Beznau», dénonce Greenpeace.

Ce coup de gueule vous avait échappé? Normal, l’ATS ne l’a pas relayé. Ses journalistes, en grève depuis trois jours, n’ont pas assisté à la conférence de presse organisée jeudi, à Berne, par les trois organisations. Et de nombreux médias n’y étaient pas non plus, par choix ou par manque de ressources. Notre correspondant au Palais fédéral, par exemple, se rendait au même moment à Lugano pour rencontrer Ignazio Cassis à l’occasion de ses 100 premiers jours au Conseil fédéral. Difficile, dans ces conditions, d’interroger les responsables de Greenpeace et de vérifier leurs allégations. Nous avons donc passé un tour.

Ce cas concret illustre l’importance du travail effectué au quotidien par l’Agence télégraphique suisse. En temps normal, la vénérable institution fournit chaque jour plusieurs centaines de dépêches aux rédactions de tout le pays. Des nouvelles neutres, rédigées de manière claire et précise, souvent complétées par un rappel du contexte politique. L’ATS, pour nous autres journalistes, constitue à la fois une source d’information fiable, un filet de sécurité et un gage de sérieux. La voir se déliter tout à coup – 35 à 40 postes de travail sur 150 devraient passer à la trappe – ne présage donc rien de bon quant à l’avenir du métier.

Le plan de restructuration en cours pourrait s’avérer tout aussi néfaste pour la cohésion nationale. Pour l’identité suisse, dira-t-on même. Car qui d’autre peut se faire l’écho des débats des parlements cantonaux ou des décisions prises dans les tribunaux de tout le pays? Qui peut assurer ce flux de nouvelles dans trois langues nationales? La SSR, dites-vous? Mais elle aussi s’appuie sur le ratissage effectué sept jours sur sept par l’ATS et ses rédacteurs de l’ombre… Sans ce minutieux travail de veille de l’information, le «19:30» de Darius Rochebin ne serait plus tout à fait pareil.

Comment en est-on arrivé à ce point de rupture? Détenue par les grands éditeurs suisses et la SSR, qui sont aussi ses principaux clients, l’ATS subit de plein fouet la crise des médias traditionnels. Quand ces derniers perdent des lecteurs et de l’argent, quand ils renoncent à certains services, elle-même voit ses revenus plonger. La direction décide par conséquent de couper dans les effectifs, au risque de réduire l’attractivité de son offre. Si ce n’est pas un cercle vicieux, cela y ressemble.

Dès lors, la colère de nos confrères «agenciers» est bien compréhensible. En voyant leur grand patron affirmer dans la presse n’avoir de comptes à rendre qu’à ses actionnaires, ils ont le sentiment d’être sacrifiés sur l’autel de la rentabilité. Alors qu’ils ont la conviction légitime d’accomplir une tâche de service public.

La mobilisation des politiques, bien que timide et tardive, doit faire chaud au cœur des grévistes. Mais une réflexion en profondeur devra impérativement être menée, une fois l’orage «No Billag» passé. Berne prévoit d’octroyer à l’ATS les miettes de la redevance radio-TV (2 millions de francs sur 1,2 milliard par an). Sachant que son budget actuel est de 30 millions, lui accorder une part plus importante de la manne fédérale n’aurait rien de scandaleux. Cela donnerait un peu d’air à un secteur médiatique privé aujourd’hui au bord du gouffre. (24 heures)

Créé: 01.02.2018, 18h27

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