Le doux bruissement du balai

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Comment savoir si c’est l’automne avant la date fatidique du 21 septembre? L’ouverture du Comptoir, désormais Helvétique, les affiches annonçant l’arrivée du Knie à Lausanne ou les premières saucisses aux choux qui font les fières dans les étals des boucheries sont autant d’excellents indicateurs. Mais il y a un indice auditif qui ne trompe pas: c’est le moment où le chant des souffleuses remplace celui des tondeuses. Les privés comme les entreprises s’en donnent à cœur joie. Ils sont partout, ces mecs (souvent) le dos bien droit, fiers comme Artaban, qui bombent le torse comme si dompter quelques malheureuses feuilles était aussi difficile qu’affronter les fauves dans la cage aux lions. Une fois satisfaits de leur petit tas coloré et de leur entrée propre en ordre, ils s’empressent de ranger leur précieux attirail. Moment choisi par la plus grande souffleuse de toutes, c’est-à-dire le vent, pour s’amuser à tout éparpiller. Un peu comme dans la publicité pour un chocolat où un panda se mettait à tourbillonner en patins à roulettes dès que le photographe animalier qui avait passé sa journée au zoo à le guetter prenait une pause bien méritée.

Que les choses soient claires: le vent gagne aussi à chaque fois son match contre le bon vieux balai, mais au moins, dans ce cas-là, les nuisances sonores sont quasi nulles.

Cette obsession de la propreté dans notre pays est louable et bien agréable, sauf poussée à l’extrême. Et il me semble bien que ce soit le cas sous ma fenêtre lausannoise. Chaque matin, sur le coup de 7 h 15 – sinon ce ne serait pas drôle – une balayeuse (ces petits véhicules à deux brosses rotatives pilotées à 3 à l’heure par un employé que ça a l’air de beaucoup amuser) passe DEUX FOIS sur le trottoir pourtant déjà impeccable. Avant son arrivée, le bitume est nickel, après l’aller il est nickel et mouillé et après le retour… pareil. Sauf que tout le voisinage est désormais réveillé (et énervé), que les piétons ont dû zigzaguer une fois de plus – après avoir évité le vélo-bobo-charrette à enfant et le costume trois pièces en trottinette électrique – et que les clients du tea-room ont été contraints de hurler pour se faire entendre sur la terrasse.

Pourtant, dans mon quartier, il y a aussi un adorable employé de la voirie qui passe avec son chariot orange, sa pince et son balai. Non seulement son boulot est impeccable (et silencieux, et écolo), mais il assure un lien social précieux. Les gamins lui collent un check de la main sur le chemin de l’école, les mamies lui parlent inlassablement de la météo et chaque passant est salué d’un «bonjour» jovial. Les feuilles mortes se ramassent à la pelle… et au balai!

Créé: 14.09.2019, 08h09

Thérèse Courvoisier, rubrique Culture & Magazine

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