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Après le drame des femmes tabassées, place à la haine

Olivier Bot dénonce la violence, mais aussi les amalgames, la xénophobie et les critiques hâtives suivant un fait divers brutal.

La lâche agression de cinq jeunes femmes tabassées au petit matin du 8 août à la sortie du Petit Palace à Genève aura, depuis, déclenché un déferlement de haine et de jugements à l’emporte-pièce sur les réseaux sociaux. Tout y est passé: l’habituel amalgame entre population d’origine étrangère et criminalité, un sentiment antifrançais suspectant la police et la justice hexagonale de ne rien faire pour arrêter des nationaux, la critique acerbe d’une police cantonale qui serait absente de nos rues jusqu’à la mise au pilori du conseiller d’État en charge de la sécurité.

Que des Kosovars aient porté assistante aux jeunes femmes tabassées ne suscita aucun commentaire des contempteurs de l’étranger. Qu’il faille du temps à la justice pour déterminer la responsabilité de chacun des six fuyards n’effleura l’esprit d’aucun des commentateurs souhaitant revenir à la loi du Talion. Que diront-ils lorsqu’ils seront accusés à tort? Que la délinquance ait baissé ces dernières années à Genève ne fut rappelé par personne.

«Contrairement à l’adage, vox populi n’est pas toujours synonyme de «vox dei»

Après ce drame, des journaux ont même cru bon de hurler avec les loups. Le mot de racaille, habituellement réservé aux affiches de l’UDC ou du MCG ou des extrapolations imbéciles sur le silence des juges en charge du dossier (ils s’assurent ainsi du bon déroulement de l’enquête), furent imprimés.

L’interpellation par la police française de trois des auteurs présumés («24 heures» du 19 septembre) ne suffira sans doute pas à faire taire la vox populi. Contrairement à l’adage, elle n’est pas toujours synonyme de «vox dei». Une lettre adressée à l’empereur Charlemagne l’exprimait mieux que nous le ferions, il y a douze siècles: «Nec audiendi qui solent dicere, Vox populi, vox Dei, quum tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit.» Ce qui se traduit par «Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie.»

Un besoin de sérénité

Qu’un fait divers aussi brutal, gratuit, laissant une femme dans le coma, suscite notre émotion, est légitime. Mais l’impatience n’est pas une vertu d’une justice qui doit toujours s’exercer avec sérénité et raison et non à chaud, dans l’émotion.

Ce drame témoigne, hélas, d’une montée de la violence gratuite dans nos sociétés (notre édition du 13 septembre). Genève n’est pas la plus touchée. Ceux qui glosent sur la couleur de la peau des agresseurs devraient aussi s’émouvoir du sexe des victimes. En Suisse la violence sexiste tue une femme toutes les deux semaines.

Ceux qui dénigrent la justice française devraient savoir que si elles sont reconnues coupables, les «petites frappes» interpellées encourent des peines beaucoup plus lourdes en France que si elles avaient été jugées en Suisse. Ceux qui trouvent, enfin, que la justice et la police ne font pas leur travail, ne savent rien des conditions matérielles et morales, des risques et des difficultés de ces professions confrontées aux noirceurs de l’âme humaine.

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