Drame du Grand-Pont et retour sur information

L'invitéDaniel Cornu, médiateur de Tamedia Publications romandes, revient sur la condamnation d'un journaliste dans cette affaire.

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Début juillet 2003, un chauffard lance sa voiture contre des passants en plein cœur de Lausanne, au moment de la pause de midi. Trois personnes sont tuées, sept autres blessées. C’est le drame du Grand-Pont. L’homme qui tenait le volant de la «voiture folle» en réchappe, il est incarcéré.

L’événement est peu commun et fait grand bruit. Trois mois plus tard, un journaliste publie dans un magazine illustré un article portant notamment sur des aspects personnels du prévenu et sa vie en détention. Les pièces utilisées appartiennent au dossier secret de l’instruction. Le journaliste déclare les avoir reçues anonymement.

Il est condamné à une amende par le Tribunal de police de Lausanne, en septembre 2005. La peine sera confirmée par le Tribunal fédéral en avril 2008.

L’affaire est portée devant la Cour européenne des droits de l’homme. Même si les motifs de la condamnation du journaliste par la justice suisse sont retenus comme «pertinents», notamment en raison d’une présentation «provocatrice» de l’article, la Suisse se voit condamner début juillet 2014 pour atteinte à la liberté d’expression.

La Suisse demande alors un nouvel examen de l’affaire. La Grande Chambre de la Cour européenne apporte le dernier mot par un arrêt du 29 mars 2016: la Suisse n’a pas violé la liberté d’expression du journaliste. Le jugement est définitif.

L’impression globale laissée par ce premier jugement est sans doute peu contestable

Un représentant éminent de la Justice vaudoise s’étonne auprès du médiateur de la place ténue accordée par les médias à la décision conclusive de Strasbourg. Exemple: une sèche dépêche de dix-sept lignes en bas de page de 24 heures. Alors que le souvenir demeure d’un écho médiatique soutenu lors de la condamnation de la Suisse en 2014.

L’impression globale laissée par ce premier jugement est sans doute peu contestable. Le traitement des deux derniers épisodes judiciaires par 24 heures, en première ligne médiatique concernant le drame du Grand-Pont, mérite pourtant de se voir relativisé. Certes, l’information sur le jugement de 2014, favorable au journaliste, tient en soixante-huit lignes (quatre fois plus que la décision finale par la Grande Chambre) et le texte de la dépêche est enrichi d’une contribution rédactionnelle. Mais elle figure également en bas de page et son traitement est peu spectaculaire.

«On peut avoir le sentiment bizarre d’une politique d’information guidée par un certain corporatisme», écrit néanmoins le correspondant vaudois du médiateur. La question se pose, en effet. Le reproche est régulièrement adressé aux médias de traiter avec la plus grande discrétion, sinon par le silence, des histoires délicates touchant des journalistes. Alors que de semblables histoires font ordinairement l’objet d’une attention plus vive. (24 heures)

Créé: 31.05.2016, 15h21

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