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L’élection est la rencontre de deux volontés

à Jérôme Cachin, à propos de listes électorales, de renoncement et de démocratie.

À Genève, la liste électorale d’un petit parti a gagné un seul et unique siège au Conseil national. Ce siège ne sera pas occupé par la personne qui a obtenu le plus de suffrages sur cette liste. Ni par la deuxième. Mais par la troisième. Depuis l’annonce de cette décision, il y a dix jours, les critiques crépitent.

Ce petit parti, c’est SolidaritéS, tout à gauche de l’échiquier. Ce siège, croyaient les Genevois, allait être occupé par Jocelyne Haller, celle qui a obtenu le plus de voix de cette liste. Députée remarquée du parlement cantonal genevois, elle a fait acte de candidature sur la liste pour le parlement national suisse.

Ce qui révulse le chœur des protestataires postélectoraux, c’est qu’elle a renoncé à son élection. Puis que le deuxième, Jean Burgermeister (tête de liste homme), a fait pareil. Et que finalement Stéfanie Prezioso (tête de liste femme), troisième dans le classement des suffrages, puisse prendre le chemin de Berne.

SolidaritéS serait soudain devenu, pour cette seule raison, une clique de faux culs narguant le peuple genevois, une mafia nourrissant la montée de l’abstentionnisme, voire la secte des assassins de la démocratie, tonnent les rageux de l’après 20 octobre. Il y a douze ans, les Vaudois avaient connu un épisode semblable, quand Marianne Huguenin avait refusé l’unique siège popiste gagné au Conseil national au profit de Josef Zisyadis, pourtant classé deuxième.

Ignorons les arrière-pensées partisanes des détracteurs et constatons que le motif du schproum qui agite aujourd’hui la petite république coincée entre le CERN et le Salève se révèle tout aussi insaisissable. Car d’abord, dans toute élection, nous assistons à la rencontre de deux volontés: celle, collective, de citoyens électeurs, mais aussi celle d’une seule personne. Défendre les couleurs de sa famille politique, distribuer des tracts et serrer des mains pendant quelques semaines n’est qu’un début. Encore faut-il accepter de voir votre agenda se noircir pour plusieurs années, dès qu’un mandat politique vous tombe dessus, un soir de résultats électoraux.

Enfin, il se trouve que cette élection se fait depuis un siècle au système proportionnel, un progrès que les amoureux de la démocratie ne vont tout de même pas renier. Au risque de rappeler encore d’autres évidences, ajoutons que ce système implique que les citoyens votent pour des partis, des courants de pensée, des groupes partageant des intérêts semblables. Que les forces minoritaires ne sont pas évacuées comme des quantités négligeables.

«Les Suisses ne votent pas pour des personnes quand ils distribuent les 200 sièges du Conseil national»

Et ce n’est pas parce que l’individualisme et la personnalisation triomphent qu’il faudrait retourner au système majoritaire, où le droit de siéger découle directement de l’élection nominale, comme pour la plupart des exécutifs et des sièges aux Conseil des États. Alors non, les Suisses ne votent pas pour des personnes, quand ils distribuent les 200 sièges du Conseil national. Ils votent d’abord pour des programmes, et les personnes qui les incarnent ont ensuite le droit de s’organiser.

De ce principe découlent d’ailleurs d’autres pratiques largement tolérées. Sinon faudrait-il s’insurger des doubles candidatures aux États et au National, pour tirer la liste, comme les locomotives tirent les wagons? Et que dire aussi des foules de parlementaires, à tous les niveaux, qui quittent leur mandat en pleine législature? Faudrait-il les punir? À force de vouloir corriger le système électoral, on prend le risque de le scléroser. Petits et grands partis en feraient les frais.

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