Quand les envies de bio s'effondrent devant l'étalage

La rédactionPatrick Monay conte la fâcheuse histoire d'un éleveur qui aimerait produire «éthique» mais ne le peut pas, faute de débouché.

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Sommes-nous prêts à mettre la main au porte-monnaie pour adopter un mode de vie plus durable? Question intéressante posée par nos confrères du «Tages-Anzeiger» à travers l’histoire d’un certain Christian Stettler. Ce paysan bernois, spécialisé dans l’engraissement des veaux, rêve de passer à un mode d’élevage plus respectueux des animaux. Il sait que son activité a désormais mauvaise presse: des activistes caillassent des boucheries, pendant que des milliers de jeunes militants défilent dans les rues pour protester contre le saccage de notre planète. Mais avant de produire de la viande de meilleure qualité, il faut être sûr de pouvoir la vendre. Or la demande ne suit pas forcément, constate avec amertume l’éleveur de l’Emmental.

Christian Stettler vise le label suisse Natura-Beef. Pas tout à fait du bio, mais la garantie de progrès notables par rapport à une pratique standard: les veaux vivent avec leur mère au lieu d’être séparés d’elle quelques jours après leur naissance. Ils vont au pâturage et mangent des aliments sans soja. Et ils sont expédiés à l’abattoir après dix mois au lieu de quatre.

«Pas tous d’accord de payer plus cher pour des filets ou des entrecôtes respectueuses du bien-être de l’animal»

Le fermier bernois espère ainsi des revenus plus stables et moins de dépenses en antibiotiques pour ses bêtes. Il se souvient avoir dû faire soigner quinze veaux âges de quelques semaines, tout juste livrés. Malades, fiévreux, couchés dans la paille, chacun désigné par un numéro. Le vétérinaire a dû administrer en urgence des médicaments à tous les bovins de l’étable.

Le hic, c’est que Christian Stettler a dû être mis sur la liste d’attente. Depuis septembre, la commercialisation de viande Natura-Beef a atteint son niveau maximal. En produire davantage serait inutile, car les consommateurs ne suivraient pas. Chez Coop, la proportion de Natura-Beef n’excède pas 60% des ventes de viande, note le «Tages-Anzeiger». Les clients ne sont pas tous d’accord de payer plus cher pour des filets ou des entrecôtes respectueuses du bien-être de l’animal. Christian Stettler doit donc prendre son mal en patience et continuer à fournir du veau d’entrée de gamme.

De 39 fr. 95 à 97 fr. le kilo

De quelle différence de prix parle-t-on? Un petit tour dans un supermarché Coop lausannois permet de se faire une idée. L’escalope de veau piccata Naturafarm est vendue cette semaine 97 francs le kilo, contre 90 francs pour celle portant le label Suisse Garantie. Mais l’escalope Prix Garantie, 100% suisse, chute à 39 fr. 95 le kilo. Du côté des blancs de poulet, la fourchette disponible varie de 59 fr. 50 (Naturaplan Bio) à 13 fr. 80 (Prix Garantie en provenance de Hongrie).

C’est ainsi que les principes écolo et durables de beaucoup de gens s’effondrent, souvent pour quelques francs, au moment de faire un choix devant l’étalage. La vague verte qui a déferlé sur Berne ces derniers mois n’a pas encore tout changé. Au grand dam de Christian Stettler… et de ceux qui plaident pour la fin de l’élevage industriel en Suisse.

Créé: 17.01.2020, 06h46

Patrick Monay, chef de la rubrique Suisse.

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