Est-ce la fin des émissions religieuses à la RTS?

L'invitéLe théologien Daniel Marguerat estime que le seul moyen d’éviter le radicalisme religieux est justement d’informer.

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Contrainte d’économiser 40 millions dès 2017, la RTS vient d’annoncer le programme. Du côté de la production, à côté d’une réduction dans l’achat de fictions télévisées, les émissions religieuses sont la cible privilégiée. Les deux magazines radio (A vue d’Esprit et Hautes Fréquences) et le magazine TV (Faut pas croire) seraient supprimés. Sur un budget annuel de 2,8 millions (avec près d’un million assumé par les Eglises), les émissions religieuses seraient saignées de 40% avec une perte de 6 postes.

Comment expliquer que, soumise à une contrainte d’abaissement budgétaire de 3%, la RTS ampute ce poste de 40%? Guy Marchand, directeur de la RTS, a tenté de justifier ce choix ahurissant. La première raison, dit-il, est l’audimat. Or, dans le débat récent sur la taxe radio-TV, la RTS avait justifié son coût en glorifiant un service public qui échappe à la tyrannie abêtissante de l’audimat gouvernant les chaînes privées. Peut-on sans honte, quelques mois plus tard, invoquer cet argument?

Seconde raison: M. Marchand en veut aux «émissions dédiées à un certain public». On croit rêver. Des thèmes tels que l’écologie planétaire, l’accompagnement des mourants, les migrations en Europe ou l’homosexualité sont-ils réservés à une poignée de bigots confinés dans leur chapelle? Imaginer que les magazines religieux de la RTS sont des confidences de sacristie, c’est n’en avoir suivi aucun. Le point de vue adopté est certes religieux (ce qui ne veut pas dire sectaire), mais les questions abordées intéressent évidemment le public dans son ensemble.

France 2 consacre tout le dimanche matin aux émissions de diverses religions, avec un succès éclatant

Ce choix, qui démantèle un travail accompli depuis des décennies à la RTS, est d’autant plus malvenu aujourd’hui. Les observateurs sont unanimes à dire que le seul moyen d’éviter le radicalisme religieux est d’informer. Le repli sectaire n’a qu’un antidote: l’éducation, le débat, la découverte des autres croyances. En bannissant de l’espace public l’approche religieuse de l’actualité, en la rejetant dans le cercle privé, la RTS fait le jeu de tous les extrémismes. Allons-nous autoriser un service public à commettre un geste d’une telle répercussion sociale?

Si les magazines religieux disparaissent, ne doutons pas que le jeu de massacre continuera sur sa lancée: culte et messe seront balayés sous peu, sans pitié pour les auditeurs et spectateurs. France 2 consacre tout le dimanche matin aux émissions de diverses religions, avec un succès éclatant; son choix est un modèle. 24 heures avait, dans un premier temps, supprimé les informations religieuses du samedi; il est revenu sur sa décision. La RTS aura-t-elle la sagesse de réaliser les effets insupportables de son projet? On l’espère vraiment.

(24 heures)

Créé: 20.11.2015, 14h56

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