Est-ce risqué d’être Noir à Lausanne?

L'invitéTimba Bema, écrivain.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Lausanne, c’est chez moi. Dans mon cœur, elle équivaut à Douala, qui m’a vu naître et grandir. L’étudiant que j’étais en arrivant s’est tout de suite senti libre. C’est une ville décontractée, elle se donne à qui sait la désirer. Elle est aussi cette ville rebelle où, un soir d’hiver, au chemin des Croix-Rouges, tout un symbole, mes yeux furent émerveillés de lire, sur la paroi d’un immeuble, un tag souhaitant la bienvenue aux étrangers. Ses rues s’offrent aux mendiants pourchassés ailleurs. Oui, j’ai connu Lausanne, ville ouverte.

Mais, depuis quelques années, des paroles haineuses se font entendre à l’égard des Noirs. Des paroles qui se réclament de la liberté d’expression. Pourtant, elles mettent les vies de ceux-ci en danger et conduisent parfois à leur mort.

«Cette violence indifférenciée ne vise pas seulement les présumés criminels, mais tous les Noirs»

Des morts de tous les profils, de toutes les trajectoires sont recensés. Cette violence indifférenciée ne vise pas seulement les présumés criminels, mais tous les Noirs saisis dans une essence commune. Cette négation des particularités de l’individu est à la base du racisme, alimenté par l’immigration et l’exaspération vis-à-vis du trafic de drogue. L’exaspération face au trafic de drogue est palpable. Elle est une des causes du rejet de l’immigration. De plus en plus de personnes considèrent que les Subsahariens entrent illégalement en Suisse pour vendre des produits stupéfiants. Leur impact sur la société est donc supposé négatif.

On se souvient encore des actions menées par les résidents du quartier du Tunnel. De récentes initiatives des riverains de la Riponne, exigeant de la Municipalité une réaction ferme. C’est pour contenir cette exaspération qui renforce les idées d’extrême droite que les autorités ont accentué la réponse policière.

La réponse policière face à l’exaspération semble toutefois inadéquate. Il n’est pas simplement question ici de l’augmentation des patrouilles afin de rassurer la population, mais de la mort d’hommes noirs.

Des policiers «en état de guerre»

Le sociologue David Pichonnaz nous apprenait récemment que les recrues de Savatan se croient en état de guerre. On peut donc s’interroger sur les conséquences de leur formation, inspirée de celle de l’armée, dans le traitement des situations liées à l’harmonie sociale.

À travers le temps, la Suisse a su développer des modèles de cohésion entre communautés culturelles différentes. Elle possède donc l’infrastructure pour se régénérer grâce à l’immigration actuelle. Mais ce processus ne peut réussir sans le sentiment que la justice est la même pour tous, et une meilleure représentativité des Noirs dans l’espace public.

La justice se trouve à un virage. Les Africains et les afro-descendants attendent fébrilement. Ils redoutent qu’à l’instar des États-Unis ou de la France l’affaire Mike se solde par un non-lieu. Ce qui est en jeu, ce n’est rien de moins que la fabrication d’une paix sociale durable.

Créé: 08.05.2018, 15h48

Bio express

Timba Bema naît au quartier Bali à Douala, Cameroun. Très tôt, il s’adonne à la poésie et participe à différents collectifs. Après la lecture du «Procès» de Franz Kafka, il comprend que sa vocation est d’écrire. Ses nouvelles ainsi que ses poèmes sont publiés entre autres par Smokelong et Encre Fraîche. Initiateur de la «Revue des Citoyens des Lettres», il publie en 2018 le poème «Les seins de l’amante».

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.