Passer au contenu principal

Les États européens et les revendications régionalistes

Olivier Delacrétaz met en perspective les élans autonomistes.

Plus d’une région européenne revendique son autonomie face à l’État dont elle fait partie, se présentant, non sans romantisme, comme la voix du peuple authentique face à des institutions tyranniques. Transformer ce discours identitaire en réalité politique est une entreprise de longue haleine et pleine d’embûches.

Il faut d’abord que les chefs des rebelles mettent le peuple de leur côté. C’est l’étape émotionnelle, la plus facile. Mais l’émotion s’éteint vite, si l’on ne la rattache pas à une réalité historique qui légitime les revendications sur le plan des faits et de la raison. Il faut ensuite se jeter dans l’arène politique et combattre, persévérer durant des générations, accepter de perdre des batailles qui semblaient décisives, résister aux coups de tout genre et de toute provenance qui visent tant la troupe que ses chefs. Il faut aussi éviter les excès, qui risqueraient de bloquer le processus ou de déclencher une guerre civile.

«On ne peut juger de la pertinence d’une revendication autonomiste sans connaître l’histoire du peuple demandeur»

On ne peut juger de la pertinence d’une revendication autonomiste sans connaître l’histoire du peuple demandeur, la réalité actuelle de son identité, ses rapports avec le pouvoir qu’il conteste, les motifs concrets, sociaux, culturels, institutionnels de ses revendications. En d’autres termes, la Catalogne n’est pas le Jura, la Flandre n’est pas la Padanie ni l’Irlande, l’Écosse n’est pas la Bretagne, ni la Crimée, ni la Corse, ni le Pays basque. Il n’y a que des cas particuliers, difficiles à juger de l’extérieur. Avoir soutenu la lutte du Jura n’entraîne donc pas qu’on soutienne par principe toute revendication du même type.

On dit que le Jura a eu la chance de pouvoir insérer sa revendication de souveraineté dans les institutions fédéralistes existantes. Oui et non. En fait, il n’y avait pas, et il n’y a toujours pas – et heureusement – de procédure fédérale ordinaire permettant de détacher une partie d’un canton pour en faire un État distinct. Mais les exigences jurassiennes arrivaient au bon moment – l’ambiance européenne était à la décolonisation –, avec un bon dossier historique et culturel, des chefs habiles et opiniâtres, et le soutien d’une forte base populaire.

Dans une perspective toute pragmatique, les Suisses ont jugé qu’en validant la création du nouveau canton, ils cloraient un dossier qui empoisonnait la vie fédérale. Là encore, oui et non. Le vote sur Moutier, son annulation par la préfète du Jura bernois, confirmée le 29 août dernier par le Tribunal administratif de Berne, et les réactions passionnées des autonomistes ont montré que le dossier n’est toujours pas clos, quarante et un ans après le vote du peuple et des cantons suisses.

Il est donc assez raisonnable de penser que les revendications d’autonomie des régions européennes évoquées plus haut sont encore extraordinairement loin d’être satisfaites.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.