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De l’exemplarité des fumeurs

Par Gregory Wicky, Rubrique Vaud et Région

Depuis la vague verte aux élections fédérales, on dit beaucoup que les écologistes portent désormais une grande responsabilité, qu’ils n’auront pas le droit de décevoir les espoirs placés en eux. Spoiler: ils vont décevoir les espoirs placés en eux. Le rythme politique est lent, les lobbies ont des gros biceps, l’urgence écologique se heurte au mur de l’économie et de l’emploi.

Le gros drame, dans cette affaire de transition verte, c’est qu’elle fait surgir la notion de sacrifice. Un mot vilain, d’un autre âge presque, tellement inconfortable pour nous qui avons fait du confort la valeur absolue. On pense à des mères en haillons se privant de soupe pour que survive encore un jour leur progéniture aux joues creuses. Sacrifice… On en viendrait même à penser au Christ sur sa croix, regard implorant sous sa couronne d’épines, mort pour moi alors que je n’avais rien demandé, merde. Vivement qu’ils sortent «Fast & Furious 17», que je me le mate sur mon écran 80 pouces histoire de penser à autre chose.

L’idée d’une croissance sans limites – plus de tout, tout le temps, pour de plus en plus de gens –, fait par nature insulte aux lois de la physique comme aux enseignements de l’histoire. Mais bon, le rêve était séduisant et on peine à lâcher. Parfois, on préfère simplement choisir d’être idiot. Un peu comme quand, à 7 ans, maman nous disait que la mort, c’est dans tellement longtemps que, finalement, ça ne sert à rien d’y penser, hein mon chéri, c’est comme si ça n’arrivera jamais. Une pensée douce et rassurante, même qu’une part nigaude de notre moi adulte aime bien y croire encore un peu. Ou encore comme autrefois ces fumeurs qui continuaient de torailler à la face d’une vague croissante d’études sanitaires toujours plus indéniables, charlatans de scientifiques, va, vais t’en foutre moi des cancers, allez Dédé, passe-moi mes Gauloises.

Puisqu’on parle de cigarettes, tiens, tentons une analogie audacieuse (l’audace va être requise ces prochaines années). Vous souvenez-vous de l’interdiction de fumer dans les lieux publics? Oui, celle avant laquelle, il n’y a pas si longtemps, on tirait sur sa clope au restaurant, dans le train, au bureau, et il était inconcevable qu’il en fût autrement (Dédé, à l’aide, je fume au bar depuis que j’ai 15 ans et ils veulent me foutre dehors!) Le changement de mœurs paraissait radical. Aujourd’hui pourtant, la majorité des fumeurs vous diront qu’ils trouvent ça bien. Une bonne partie ajoutera même que c’est finalement plutôt chouette de se retrouver dehors pour s’en griller une, entre semblables, vaguement renégats. Tiens peut-être même que cette clope, plus rare, plus précieuse si on ose, a gagné un peu en saveur. Pas si affreux, le sacrifice.

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