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Les «Fables», enfin une réforme scolaire d’avenir!

Olivier Delacrétaz se réjouit que la France remette La Fontaine au programme.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale française, vient de distribuer les «Fables» de La Fontaine à huit cent mille élèves. Il n’eût certes pas reçu le soutien de Jean-Jacques Rousseau, qui n’aimait pas La Fontaine. Les idéalistes n’aiment pas les moralistes, ni leur perspicacité cynique, ni leur humour, qu’ils jugent déplacé.

Ces écoliers ont entre 9 et 11 ans. Nous ne croyons pas que ce soit trop tôt. On n’a pas besoin de tout comprendre pour aimer. Et apprendre par cœur un mot ignoré ou une tournure insolite, c’est approfondir son monde intérieur d’un mystère alléchant.

«Les grandes œuvres trouvent un écho différent en chacun de nous. Toute interprétation existe en puissance dans la partition»

On trouve, dans les «Fables», la clé des formules dont La Fontaine a bardé notre langue, «en toute chose, il faut considérer la fin», «patience et longueur de temps», «le pot de terre et le pot de fer», «adieu veau, vache, cochon, couvée», «toujours besoin d’un plus petit que soi», «juger les gens sur la mine», «la raison du plus fort», «c’est le fond qui manque le moins».

Pour nous, la fable la plus courte, «Le renard et les raisins», est aussi la meilleure: «Certain renard gascon, d’autres disent normand,/Mourant presque de faim, vit au haut d’une treille/Des raisins mûrs apparemment/Et couverts d’une peau vermeille./Le galant en eût fait volontiers un repas;/Mais comme il n’y pouvait atteindre,/«Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.»/Fit-il pas mieux que de se plaindre?»

Je ne me lasse pas d’admirer ce mélange de musardise et d’efficacité. En huit vers dont quatre octosyllabes, l’auteur raconte une histoire, croque un caractère, esquisse une méthode pour conserver la paix de l’âme dans des situations contraires, inaugure une nouvelle locution française – «ils sont trop verts» – et trouve encore moyen de digresser sur la provenance incertaine du héros.

Enseignement moral et charge contre les puissants

L’écolier ordinaire voit les «Fables» comme des enseignements moraux ou utilitaires déguisés en scènes animalières. Il ne faut pas se moquer, c’est souvent ainsi que l’auteur les présente. D’autres y discernent une charge contre les puissants de la Cour, d’autres apprécient surtout un enchaînement fluide de vers plus naturels qu’un texte en prose. Il n’y a pas lieu de choisir. Les grandes œuvres trouvent un écho différent en chacun de nous. Toute interprétation existe en puissance dans la partition.

Au-delà et au-dessus des analyses, explications, critiques et tentatives de récupération, il faut toujours revenir à la fable telle qu’elle se donne personnellement à nous, la recevoir comme un signe de civilisation, comme un pas décisif dans la perfection de la langue française.

En ce sens, faire lire La Fontaine à (une partie au moins de) ces huit cent mille écoliers est un acte de salut public.

Seront-ils les seuls à lire ou à dire les «Fables» durant l’été qui s’annonce?

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