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Face aux drames conjugaux, chaque mesure compte

Patrick Monay revient sur la mort tragique d'une mère de famille dans le canton du Jura.

La jeune femme aurait-elle eu la vie sauve si la justice avait eu davantage de moyens pour surveiller son mari? Ou si elle avait pris la mesure du danger auquel M. était exposée? La mort tragique de cette mère de famille, survenue le mois dernier à Courfaivre (JU), poussera peut-être le monde politique à renforcer la lutte contre la violence domestique. C’est hautement souhaitable, car malgré les efforts déjà entrepris, le tribut que paie la Suisse à ce fléau – une femme tuée toutes les deux semaines – reste bien trop lourd.

Dans le récent cas jurassien, les signaux d’alerte paraissaient évidents. Le 13 octobre, M. dépose une plainte pénale contre son conjoint pour une agression sexuelle commise la nuit précédente sous la menace d’une arme. Interpellé deux heures plus tard, l’homme admet les faits. La police saisit ses armes à feu. Mais le Ministère public renonce à ordonner sa mise en détention provisoire, faute d’antécédents judiciaires. En lieu et place, il prononce des mesures d’éloignement classiques à l’égard du prévenu: interdiction de prendre contact avec la plaignante et de s’approcher d’elle, retrait des clés du domicile conjugal.

Le 21 octobre, c’est le drame. L’un des trois enfants du couple découvre les corps sans vie de ses parents dans l’appartement familial. À côté, deux armes blanches et une lettre d’adieu. M., 39 ans, présente «diverses coupures de défenses sur les mains», précisera la procureure chargée de l’enquête, dans un communiqué où l’on sent poindre un profond malaise. À propos du très probable meurtrier, elle écrit: «Aucun élément ne laissait penser qu’il passerait à l’acte.»

En réaction, le Parlement jurassien s’est prononcé la semaine dernière en faveur de la mise en place d’un système d’alarme en cas de violences faites aux femmes, comme il en existe en France. La députée chrétienne-sociale à l’origine de cette demande fait valoir qu’il n’est pas toujours facile, de la part des victimes, d’appeler d’emblée la police. Le gouvernement cantonal, lui, estimait une telle mesure superflue. Il devra pourtant prendre langue avec d’autres Cantons pour jeter les bases d’une solution d’appel d’urgence téléphonique, voire une application pour smartphone.

«Les spécialistes réclament davantage de places dans les refuges pour femmes»

La Confédération, de son côté, entend miser sur la surveillance des agresseurs potentiels. Les juges pourront ainsi les obliger à porter un bracelet électronique qui enregistrera leurs déplacements. Mais cette nouvelle disposition n’entrera en vigueur qu’en 2022. Elle nécessitera sans doute la mise à disposition de ressources supplémentaires au sein des polices.

De même, les spécialistes du domaine réclament davantage de places dans les foyers où les femmes qui se savent menacées peuvent trouver refuge. Mais aussi un travail accru de sensibilisation et de prévention, à mener dès le plus jeune âge. Le temps presse et chaque décision compte. Il y a quelques jours encore, dans le canton de Saint-Gall, un sexagénaire a tué sa femme avant de se suicider.

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