Face au salafisme, la vigilance, c’est quoi?

La rédactionAlain Rebetez se demande comment la France pourra prévenir efficacement les passages à l'acte terroriste.

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Quelle différence y a-t-il entre la vigilance et la chasse aux sorcières?

Tout le monde, bien entendu, souhaite la première, et personne ne veut la seconde, comme si la distinction entre l’une et l’autre était simple, claire, bien définie… En réalité, en matière de prévention du terrorisme, la limite n’est pas si aisée, c’est une frontière fuyante, conditionnée par les circonstances et dont le tracé est disputé rageusement en fonction des convictions de chacun. Depuis l’attentat de Mickaël Harpon dans l’enceinte de la préfecture de police de Paris, la France va devoir repréciser cette frontière. Et cela s’annonce douloureux, car on pourrait toucher à des principes qu’on croyait intangibles.

Que reproche-t-on au Mickaël Harpon d'avant l’attentat? D’être musulman converti depuis une dizaine d’années? Non. Ce n’est pas un délit mais une liberté. D’avoir des contacts avec des salafistes? Non… mais peut-être oui… Le salafisme n’est pas interdit, on a le droit de l’être en France tant qu’on ne prône pas la violence. Mais de plus en plus clairement il apparaît comme une matrice intellectuelle que partagent la plupart des terroristes. Et l’État ne sait pas comment réagir.

La seule culpabilité clairement établie de Mickaël Harpon est d’avoir crié «C’est bien fait» lors d’une querelle à propos de l’attentat de «Charlie Hebdo». Il s’agit d’un crime d’apologie du terrorisme, norme pénale élargie en 2014 et qui aurait pu s’appliquer à lui en juillet 2015, si le responsable des signalements de radicalisation, averti par deux collègues hésitants, avait choisi d’aller plus loin. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait? Pour des raisons bien humaines.

Dénoncer quelqu’un, c’est prendre le risque de lui faire perdre son emploi, une démarche lourde, difficile quand on n’a que des indices. En juillet 2015, Mickaël Harpon n’est pas un assassin, c’est un collègue discret, efficace, qui souffre d’un lourd handicap de surdité. Le premier obstacle à surmonter est celui-ci: dénoncer son voisin sur des soupçons est quelque chose de bien plus difficile qu’il n’y paraît. Mais qu’importe, admettons que tous, nous sachions prendre cette responsabilité. Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, promet que désormais «un soupçon de radicalisation chez un fonctionnaire devra obligatoirement faire l’objet d’un signalement». Fort bien, mais sur quoi déboucheront les signalements?

La question clé, c’est le développement en France d’un écosystème de salafistes et d’«islamo-fréristes» qui rejettent la société occidentale et face auxquels, faute de savoir quoi faire, on jette un voile pudique. Beaucoup ne sont que des intégristes, mais chez d’autres les prédicateurs allument des feux mauvais dont ils feignent d’être innocents. Le salafisme n’est pas un crime, mais c’est un pousse-au-crime.

Par souci de non-discrimination, par crainte de l’accusation d’islamophobie, par complaisance aussi envers les pétromonarchies, l’État français n’a jusqu’à présent pas su définir les limites de l’acceptable. Il est temps de le faire.

Créé: 11.10.2019, 14h05

Alain Rebetez, correspondant à Paris.

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