Une fausse frontière pour piéger de vrais migrants

La rédactionAndrés Allemand évoque l'existence de routes migratoires «alternatives» vers l'Europe.

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La nouvelle est passée un peu inaperçue. Fin novembre, un escroc a été arrêté en Russie pour avoir construit un faux poste frontière à 25 km de la Finlande et fait payer 10 000 euros à quatre migrants originaires d’Asie du Sud. Après plusieurs heures de marche, sur des routes de campagne et dans les bois, il a mené ces hommes jusqu’à de fausses bornes, puis il a récupéré son argent et les a abandonnés là, convaincus qu’ils étaient passés clandestinement sur le territoire de l’Union européenne.

En réalité, il leur avait fait faire un circuit dans la région de Vyborg, à deux heures de voiture au nord-ouest de Saint-Pétersbourg. À un moment donné, alors qu’ils longeaient un lac, le faux passeur leur avait même fait porter un canot pneumatique, pour le cas où ils seraient soudain repérés et devraient prendre la fuite sur l’eau…

Au final, les quatre migrants ont été arrêtés et une Cour de Saint-Pétersbourg les a condamnés à une amende et à l’expulsion du territoire russe. La presse locale n’a pas précisé s’ils seraient renvoyés dans leur pays d’origine. Quant à l’escroc, originaire d’Asie centrale, il risque pour sa part une peine de 6 ans de prison pour fraude.

Cette curieuse anecdote, au delà de son caractère cruellement comique, nous rappelle l’existence d’une route migratoire par le nord de l’Europe. Beaucoup moins fréquentée que la traversée de la Méditerranée, cette voie terrestre est certes très longue mais réputée moins onéreuse et bien moins risquée. Ainsi, nombreux sont ceux qui passent en Europe à travers la Russie. Régulièrement, des Syriens, des Irakiens ou encore des Afghans tentent de franchir la frontière finlandaise, qui s’étend sur 1340 km.

«Des Syriens, des Irakiens ou encore des Afghans tentent de franchir la frontière finlandaise»

Jusqu’en 2017, certains s’aventuraient même dans les régions arctiques et traversaient à bicyclette, dans un froid souvent glacial (parfois jusqu’à –30 degrés Celsius), la douane norvégienne de Storskog, qui était à l’époque un passage relativement aisé vers l’Espace Schengen, à seulement trois heures de voiture du port russe de Mourmansk. Fin 2015, au plus fort de la vague syrienne, plus de 5000 personnes auraient ainsi franchi la ligne de démarcation en trois mois. C’est-à-dire 500 fois plus que pendant toute l’année 2014.

On le sait, rien n’arrête les migrants. Et encore moins les passeurs. Quand les routes migratoires à travers le centre et l’est de la Méditerranée deviennent moins praticables, des voies alternatives se développent ailleurs, par exemple entre Maroc et Espagne, à travers la Russie vers les pays de l’Est européen, ou même dans les régions nordiques.

Et pour le dire un peu brutalement: tant qu’il y aura des barrières à la migration, il y aura des passeurs clandestins. Les deux vont de pair. On peut les traquer bien sûr, mais cela fait surtout augmenter les prix, rendant ce business d’autant plus lucratif. Avec ou sans fausse frontière.

Créé: 13.12.2019, 06h41

Andrés Allemand, rubrique Monde.

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