Faut-il vraiment interdire la mendicité?

L'invitéOlivier Delacrétaz laisse aller sa réflexion sur cette question qui nous touche davantage en période de Noël.

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Pour faire court, disons qu’à Lausanne on rencontre deux espèces de mendiants. Il y a les paumés bien de chez nous, plus ou moins planants, qui vous demandent d’une voix anémiée cinq francs pour prendre le train ou «dormir à la Marmotte». Et puis il y a les Roms. Chaque matin, j’en vois une dizaine en haut de la rue Saint-Laurent. Ils discutent, boivent un café ou fument une cigarette, comme des employés traînant à la cafétéria avant de se mettre au travail. C’est contre ces professionnels que le Grand Conseil a voté, en septembre, une loi interdisant la mendicité. Des mouvements de gauche, sans l’appui du Parti socialiste mais soutenus par les jeunesses libérales-radicales, ont lancé le référendum.

Vivre aux crochets d’autrui n’est pas honorable. Ce n’est pas délictueux non plus. Le passant n’est pas contraint de débourser. Il ne subit aucune contrainte, si ce n’est, éventuellement, celle de cette mauvaise conscience que nous aimons cultiver, surtout à l’époque de Noël. Ajoutons qu’à la longue, ces mendiants se sont intégrés au paysage. On les reconnaît, on finit par les saluer même quand on ne leur donne rien.

A leur égard, il est difficile de savoir sur quel pied danser. Parfois on lâche un franc dans leur gobelet, éprouvant aussitôt le sentiment d’être une dupe. Ou alors, on ne donne pas et on se voit obligé de se chercher des excuses: on se dit qu’ils ne semblent pas avoir faim, qu’on ne veut pas cautionner la maffia qui les exploite ou qu’ils n’ont qu’à travailler.

Comme la burka, la mendicité est une affaire d’ordre public qui relève des communes

Le règlement lausannois leur interdit de mendier notamment dans les magasins, cinémas, théâtres, musées, bâtiments publics, marchés, églises, cimetières et parcs, dans les transports publics, aux arrêts de bus et sur les quais de gare. Ils n’ont pas le droit de tendre la main à moins de cinq mètres des distributeurs d’argent ainsi que des entrées des bâtiments publics énumérés plus haut. La mendicité organisée est proscrite, tout comme la mendicité insistante ou gênante. Il est interdit aux mineurs et aux personnes accompagnées d’un mineur de mendier. Cela semble assez complet.

Interdire la mendicité sur tout le territoire vaudois, c’est en faire une question de principe. A notre avis, il serait plus juste d’en faire une question d’opportunité, dépendant de l’ampleur de la gêne que cette «activité» occasionne. Cette gêne peut être supportable ou excessive selon le nombre des mendiants et l’insistance de leurs sollicitations. On peut donc imaginer des cas extrêmes où la tranquillité publique exigerait une interdiction pure et simple.

Comme le port de la burka, la mendicité est une affaire d’ordre dans les rues qui relève principalement des autorités communales, les mieux placées pour la réglementer et, cas échéant, l’interdire.

Créé: 12.12.2016, 17h52

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