Non, les «festivaux», ce n’est pas que pour les veaux

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Poète et grand mariole devant l’Éternel, Jean Villard-Gilles en connaissait un rayon. «On a un bien joli canton: des veaux, des vaches, des moutons, du chamois, du brochet, du cygne; des lacs, des vergers, des forêts, même un glacier, aux Diablerets; du tabac, du blé, de la vigne, mais», car il y un mais – ceux qui connaissent le début de ce fameux poème s’en souviennent – Gilles ne mentionne à aucune reprise ces campements de fortune qui se définissent le plus souvent, mais ce n’est pas une règle absolue, par un tipi géant, un fumet de nouilles asiatiques et des sonorités diversement agréables s’échappant d’un enclos où l’on trouve par contre presque toujours du vin et du tabac et où l’on mange «avec Vaudois».

Je veux évidemment parler du festival, cette manifestation qui n’a bientôt plus besoin de préciser sa spécificité musicale tant elle se généralise. Sa prolifération sur nos braves terres jadis abandonnées par les Bernois contraint à l’usage du pluriel, ce rendez-vous peinant à affirmer son caractère singulier. A son évocation, les âmes simples se précipitent, non seulement sur la billetterie, mais aussi sur ce qu’ils considèrent comme la preuve d’une belle maîtrise de la langue française, précisant avec sapience et componction que, le nombre aidant, sa désinence ne se calque pas sur «fluvial», ni sur «canal» d’ailleurs, mais plutôt sur «chacal». Doigt levé, nez en l’air: «Un festival, des festivals.» Les professionnels, eux, savent que la chose ne va pas de soi et qu’il est permis d’interroger l’orthodoxie avec un sens poétique doublé d’un pragmatisme sémantique malséant. «Festivaux» s’accorde au mieux avec Vaud, même s’il reste éventuellement à déterminer une graphie sur le modèle de «troupeaux».

Dans notre bien joli canton, les vaches sont en tout cas bien gardées à voir le nombre de prés et d’étables qui se sont récemment déclarés pour faire mugir les amplis, servir un kebab au mouton, proposer des sauts de chamois devant leurs scènes et vous faire croiser la tête de brochet de votre patron, celui qui a des dents de travers et la bouche ouverte. Ne parlons pas des cygnes et des vergers, ils sont trop rares ou indécents. Quant au glacier, nul besoin des Diablerets pour se mettre au parfum… Derrière les grands cow-boys de Montreux et de Paléo, cavalent des hors-la-loi qui ne pensent qu’à vous piquer votre foin: Caribana, Rock Oz’Arènes, Estivale, Prémices et même Impetus. Ah, mais, sans être Genevois, j’oubliais tout simplement le Venoge Festival!

Créé: 28.04.2018, 08h03

Boris Senff, journaliste rubrique Culture & Société

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