Ce que le feu à Notre-Dame remue en nous et chez nous

L'invitéChristophe Reymond questionne la richesse du canton de Vaud en matière de monuments emblématiques.

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Estompées, la peine et la sidération, les cendres froides de Notre-Dame de Paris interpellent à propos de notre propre patrimoine. Le canton de Vaud est riche de monuments emblématiques qui nous parlent parce qu’ils incarnent une destinée commune.

Voici en effet une première chose à noter: au-delà de leur beauté architecturale, nos églises, nos châteaux rappellent des histoires, belles ou tragiques, faites de mythes, d’héroïsme, de compassion. Grâce à Victor Hugo, nous avons dormi avec Quasimodo sous la charpente de la cathédrale, puis au cinéma avec Esmeralda Lollobrigida.

À Chillon, le «Petit Charlemagne» Pierre II de Savoie croise Lord Byron et son prisonnier Bonivard. À Lausanne, dans la rose de «notre» Notre-Dame, se dessinent les visages de l’empereur Rodolphe de Habsbourg ou de l’évêque Sébastien de Montfalcon, tandis qu’en son chœur, on entend la Dispute que mènent Farel et Viret.

On imagine la reine Berthe filer devant l’abbatiale de Payerne, en un parfait anachronisme… Madame de Mandrot faire renaître l’architecture moderne au château de La Sarraz… René Morax et Arthur Honegger enseigner «Le roi David» à un chœur de paysans au Théâtre du Jorat…

Cette évocation invite d’abord à distinguer ce qui est exceptionnel de ce qui l’est moins. On s’esquinte aujourd’hui à tout inventorier, à classer à foison, y compris des édifices ou des «témoignages» dont le citoyen peine à discerner l’intérêt. Mais consacre-t-on tous les efforts souhaitables à mettre en valeur les joyaux indiscutables? Qu’en pensent les divinités de Boscéaz, à Orbe, ou le buste de Marc-Aurèle?

On doit dire ensuite la reconnaissance de la communauté à tous ceux qui (se) dépensent sans compter pour préserver le patrimoine. Ce sont ces propriétaires qui entretiennent à leurs frais Vufflens ou Blonay, Crans, Champvent et tant d’autres. Ces trésors sont leurs juridiquement et leurs occupants en jouissent, certes, mais ils savent bien qu’ils appartiennent aussi au regard de chacun.

Honneur encore à ces comités d’association, à ces conseils de fondation qui, de Grandson à Oron ou Mézières se démènent pour ces lieux de mémoire que nous apprécions tant, avec des appuis publics variables. À cet égard, nos efforts collectifs sont-ils suffisants et correctement ordonnés?

Plus profondément encore, l’incendie de Notre-Dame de Paris pose la question de ce que nous voulons faire de tous ces témoignages. Les réduire à leur seule esthétique pour en faire des lieux de visite pour touristes plus ou moins «massifiés»? Les embaumer dans «le linceul de pourpre où dorment les dieux morts» selon les mots du philosophe Ernest Renan? Ou, mieux, s’appuyer sur eux pour retrouver l’élan qui les avait portés afin de donner naissance à de nouveaux chefs-d’œuvre, non seulement artistiques, mais aussi spirituels et sociaux? (24 heures)

Créé: 21.05.2019, 06h40

Christophe Reymond, directeur du Centre Patronal.

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